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«Gilets jaunes»

Des «moyens exceptionnels» pour la manifestation de samedi

Agence France-Presse

Renforts policiers, musées et boutiques des Champs-Élysées fermés: les autorités françaises se préparaient à l'éventualité d'une «très grande violence» samedi, jour d'une nouvelle manifestation dans la capitale de «gilets jaunes» pour l'instant sourds aux appels au calme. 

Ces derniers jours, la fronde a gagné lycéens, étudiants, agriculteurs, qui en ont profité pour faire valoir des revendications différentes de celles des «gilets jaunes», entrés eux en rébellion contre la politique fiscale et sociale du gouvernement. 

Poubelles et voitures incendiées, mobilier urbain dégradé, échauffourées avec les forces de l'ordre : plusieurs manifestations de lycéens ont dégénéré jeudi à travers la France, rappelant les images d'émeutes samedi dernier à Paris, qui ont fait le tour du monde. 

Commerces, musées et tour Eiffel fermés 

En prévention, les commerçants de la célèbre avenue des Champs-Elysées, épicentre des violences il y a une semaine, ont été priés de baisser leur rideau samedi. Des dizaines de musées parisiens et la tour Eiffel seront en outre fermés. 

À Bordeaux, grande ville du Sud-Ouest également touchée par des heurts violents, la mairie a annoncé la fermeture d'une dizaine d'espaces publics et culturels. 

Des renforts supplémentaires seront mobilisés dans toute la France, au-delà des 65 000 policiers et gendarmes présents sur le terrain le weekend dernier, a annoncé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. 

«Nous avons des raisons de redouter une très grande violence», a averti mercredi soir la présidence française. 

Mobilisés depuis trois semaines, les «gilets jaunes» ont balayé les premières concessions du gouvernement, jugées insuffisantes, et nombre d'entre eux se disent déterminés à réinvestir le coeur de la capitale samedi. 

«J'ai 700 euros de retraite... On veut vivre, les gens veulent vivre de leur travail», a témoigné Joël, 66 ans, un retraité du bâtiment, qui n'avait plus manifesté depuis mai 1968. 

«Macron, il a donné un coup de pied dans la fourmilière, les gens ont cru qu'il allait changer les choses et améliorer leur pouvoir d'achat, et c'est l'inverse qui s'est passé», ajoute ce «gilet jaune» interrogé par l'AFP mercredi sur un rond-point près de Metz (est). 

Gel de tarifs  

Après la promesse d'un gel des tarifs de l'énergie pendant l'hiver et d'une vaste concertation sur les revendications des manifestants, le gouvernement a fait un nouveau geste en renonçant «pour l'année 2019» aux augmentations de taxes sur les carburants, principale exigence des protestataires. 

Cet effort qui représente un manque à gagner de 4 milliards d'euros, selon le gouvernement, n'a pas semblé convaincre les manifestants. 

La «colère est demeurée insaisissable et incontrôlable», a reconnu le premier ministre Édouard Philippe, qui a poursuivi jeudi au Sénat un débat engagé mercredi à l'Assemblée nationale pour défendre son plan de sortie de crise. 

Dans un nouveau geste, le chef du gouvernement s'est aussi dit ouvert à des mesures de revalorisation des bas salaires - également réclamées par les «gilets jaunes» - à condition qu'elles ne pénalisent pas «excessivement» la compétitivité des entreprises. 

En revanche, la perspective d'un débat sur la réforme de l'Impôt sur la fortune (ISF) s'est éloignée après une fin de non-recevoir du président Macron. 

La cacophonie gouvernementale au sujet de l'ISF, ainsi que les atermoiements quant à la taxe sur les carburants, suspendue six mois avant d'être finalement annulée pendant un an, a donné le sentiment d'une grande fébrilité des autorités face au risque d'aggravation de la crise. 

«Le président de la République n'est pas fébrile, il est inquiet», a nuancé le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume. «Une partie du peuple est en train de se soulever» et des «réponses» doivent être apportées. 

Conspué par les manifestants qui réclament sa démission, Emmanuel Macron a solennellement demandé aux partis politiques, aux syndicats et au patronat «de lancer un appel clair et explicite au calme». 

«Ce qui est en jeu, c'est la sécurité des Français et nos institutions», a renchéri Édouard Philippe. «Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes et citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent.» 

Dans un geste rare d'unité, sept syndicats ont répondu à l'appel, dénonçant jeudi «toutes formes de violences». 

Le chef du parti d'opposition de droite Les Républicains, Laurent Wauquiez, a lui aussi demandé aux «gilets jaunes» de combattre «toute forme d'expression de violence samedi prochain». 

Tout comme le groupe socialiste de l'Assemblée nationale qui a souhaité que les manifestations de samedi se déroulent «sans heurt». 

Partout en France, les appels à se mobiliser une nouvelle fois samedi se multiplient et le ministère de l'Intérieur fait état d'une «mobilisation de la part de l'ultradroite et de l'ultragauche». 

L'exécutif redoute une nouvelle explosion de violences ce weekend, mais aussi une extension de la colère à d'autres secteurs. 

Depuis le début de la semaine, 200 à 300 lycées, soit 5 à 7% des établissements, sont bloqués ou perturbés chaque jour en France. Une mobilisation parfois émaillée par des incidents : feux de poubelles, barricades et quelques voitures brûlées ou dégradées. 

La FNSEA, premier syndicat agricole, a par ailleurs annoncé une mobilisation durant toute la semaine prochaine.  

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