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Chronique d’Emmanuelle Latraverse

Discorde climatique et priorités divergentes

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles 

Justin Trudeau a reçu ses homologues provinciaux à souper jeudi soir. Un exercice qui se veut convivial, question de briser la glace. Après tout, plusieurs des convives viennent à peine d’être élus.

Mais entre la colère de l’Alberta face à la crise du prix du pétrole, la menace de claquer la porte de Doug Ford, la fronde sur la taxe carbone, les affrontements sur le coût des migrants et les divergences philosophiques sur l’immigration, l’ambiance devait être belle !

Tout un souper de Noël pour Justin Trudeau !

À vrai dire, on ne se rappelle pas le premier ministre avoir été confronté à un tel mécontentement de ses homologues provinciaux.

Après trois ans au pouvoir, ce sommet fédéral-provincial révèle surtout l’échec du gouvernement libéral à rassembler l’ensemble des provinces autour de la cause commune de l’environnement.

Dur test de la réalité

Rappelez-vous en 2015. Justin Trudeau, virulent à l’égard de Stephen Harper, plaidait qu’il s’agissait de traiter les provinces avec respect, en partenaires égaux pour mobiliser le pays et ainsi affronter les grands défis de notre époque.

Il les avait convaincus d’embarquer dans son plan d’accueil des réfugiés syriens. Il avait même obtenu leur appui en vue d’un plan pancanadien pour lutter contre les changements climatiques.

Et depuis ? Plus rien. Ou plutôt une atmosphère de confrontation de plus en plus tendue.

Si l’élection d’adversaires politiques virulents comme Doug Ford en Ontario n’aide certainement pas le climat, l’approche de Justin Trudeau n’aura pas aidé non plus.

Il a imposé sans véritable négociation une baisse du financement en santé. Rien pour alimenter la bonne foi.

Puis il a annoncé unilatéralement son plan pour un «prix sur le carbone» alors que sa ministre de l’Environnement commençait à peine à négocier avec les provinces.

Faire adopter des mesures crédibles et efficaces pour réduire les GES est un immense défi pour n’importe quel pays. Mais ici au Canada, alors qu’une importante part de la richesse dépend des industries fossiles, ça frôle la quadrature du cercle.

Le donneur de leçons

En menaçant d’invoquer son pouvoir fédéral et d’imposer une taxe sur le carbone aux provinces récalcitrantes, Justin Trudeau a peut-être fait preuve de leadership environnemental. Il s’est surtout posé en donneur de leçons face à une grande partie de l’électorat qui craint de faire les frais du virage vert.

La brillante idée de déléguer ses ministres des Finances, de l’Environnement, et des Relations fédérales-provinciales, pour «entretenir» les premiers ministres provinciaux vendredi, ne fait rien pour changer cette perception.

D’ailleurs la fronde conservatrice qu’a suscitée son ton moralisateur sur l’environnement devrait lui servir de leçon en année électorale. Il a tendance à faire la même chose sur l’enjeu de l’immigration. Maintenant que François Legault a osé lui tenir tête, peut-être bien que d’autres suivront.

Un leadership ébranlé

En 2015, Justin Trudeau ne faisait face qu’à un premier ministre réfractaire, Brad Wall. Aujourd’hui, ils seront cinq prêts à monter aux barricades. Quant à François Legault, il a le beau jeu de se faire courtiser sans lever le petit doigt.

En 2015, Justin Trudeau imposait les thèmes de ces rituels canadiens que sont les rencontres fédérales-provinciales. Aujourd’hui, il se rabat sur l’idée de miser sur le plus bas dénominateur commun du commerce et de la prospérité économique. Mais ce sont de leurs enjeux propres que veulent parler ses homologues.

Justin Trudeau promettait de faire mieux que Stephen Harper au chapitre des relations fédérales-provinciales. Finalement, trois ans auront suffi à en arriver au même dialogue de sourds.

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