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Gilets jaunes

La France redoute une nouvelle explosion de violence

Agence France-Presse

Les Français retiennent leur souffle samedi dans la crainte d'affrontements violents à travers le pays lors d'une nouvelle journée de manifestation du mouvement populaire des «gilets jaunes».

Les autorités ont sonné la mobilisation générale pour ce samedi à haut risque, «acte IV» de la mobilisation de ce mouvement de protestation contre la politique fiscale et sociale du président Emmanuel Macron et du premier ministre Edouard Philippe. 

Le signe de reconnaissance des manifestants, qui a donné son nom au mouvement, est le gilet jaune fluorescent de signalisation que chaque conducteur français doit avoir dans son véhicule.

Mobilisation de près de 90 000 policiers et gendarmes, recours à des véhicules blindés pour démanteler les barricades, plus grande réactivité annoncée des forces de l'ordre: après deux samedis où la violence est allée crescendo, Paris et la France sont en alerte rouge.

Un dispositif «sans précédent», a commenté le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey. Car selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner «tout laisse à penser que des éléments radicaux vont tenter de se mobiliser».

Les autorités veulent à tout prix éviter une répétition des scènes de samedi dernier, notamment celles survenues à Paris qui ont fait le tour de la planète.

Cette journée avait été marquée, dans la capitale, par de violents affrontements entre manifestants et policiers, notamment autour de l'Arc de Triomphe, un des monuments emblématiques de la France, qui avait été dégradé.

Barricades enflammées, pillages de commerces, saccages d'agences bancaires, nuages de gaz lacrymogène pour tenter de disperser «gilets jaunes» et «casseurs»: plusieurs quartiers du centre de Paris avaient été plongés dans le chaos.

Pour ce samedi, plusieurs ambassades étrangères ont recommandé à leurs ressortissants d'être prudents en se déplaçant dans la capitale ou de reporter leur voyage.

«Faites profil bas et évitez les rassemblements», a conseillé l'ambassade des États-Unis aux Américains présents à Paris. Le gouvernement belge a quant à lui incité les voyageurs à «reporter leur séjour dans la capitale» française.

Soutien des Français

Ces derniers jours, l'exécutif en a appelé au sentiment républicain des Français, montrant son inquiétude face à un éventuel risque de situation insurrectionnelle.

«Ces trois dernières semaines ont fait naître un monstre qui a échappé à ses géniteurs», a affirmé M. Castaner pour qualifier la révolte des «gilets jaunes» - Français issus des classes moyennes et populaires - devenue le creuset de toutes les contestations françaises, comme celle des lycéens.

Le recul de l'exécutif sur la taxation du carburant, revendication originelle des «gilets jaunes», n'a pas apaisé la colère d'un mouvement non structuré, évoluant hors des cadres établis et sans leader unanimement reconnu. 

Une délégation de «gilets jaunes» a été reçue vendredi soir par le premier ministre Edouard Philippe. Le chef du gouvernement «est conscient de la gravité de la situation», a déclaré un des membres de la délégation, Benjamin Cauchy.

«Le premier ministre nous a écoutés et a promis de porter nos revendications au président de la République. Maintenant nous attendons M. Macron», a dit un autre participant, Christophe Chalençon.

Silencieux ces derniers jours, Emmanuel Macron ne doit s'exprimer sur la crise qu'au début de la semaine prochaine.

Selon un sondage OpinionWay pour LCI publié vendredi, 68% des Français soutiennent la mobilisation des «gilets jaunes».

Un certain nombre de «gilets jaunes», mais aussi de personnalités, ont appelé à ne pas manifester samedi à Paris pour éviter des violences.

Sur les réseaux sociaux, certains mots d'ordre évoquent clairement un changement de régime ou un départ du président Emmanuel Macron, devenu très impopulaire et régulièrement accusé par ses détracteurs d'être le «président des riches».

Fermetures, annulations, restrictions

Les fermetures et annulations sont nombreuses à Paris comme en province: tour Eiffel, musée du Louvre, musée d'Orsay, musée Georges Pompidou, grands magasins fermés, rideau baissé sur la scène de l'Opéra ou à la Comédie française, nombreux matchs de football reportés...

De nombreuses restrictions de la circulation automobile ont été décidées pour samedi, des dizaines de stations de métro fermées, de lignes d'autobus déviées, de stations de vélo en libre-service désactivées.

Parmi les contestataires qui tentent de s'agglomérer à la révolte des «gilets jaunes», des lycéens ont continué vendredi de manifester, bloquant des établissements scolaires et provoquant eux aussi des violences urbaines, en particulier en région parisienne. 

Le pouvoir d'achat des salariés, le transport, le logement, la fiscalité et l'accessibilité des services publics sont les cinq thèmes de concertation identifiés par les partenaires sociaux et le gouvernement, qui ont entamé vendredi une concertation. 

Par ailleurs, à l'occasion de la conférence climat de l'ONU en Pologne, une centaine de défilés sont prévus ce samedi en France dans le cadre d'un appel international soutenu par des dizaines d'ONG et de syndicats. Malgré les craintes pour la sécurité, les organisateurs de la marche parisienne ne l'ont pas reportée.

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