/news/world

Manifestations samedi

Les «gilets jaunes» mettent la France en alerte rouge

Fabien Zamora | Agence France-Presse

La France était en état d'alerte maximale vendredi à la veille de nouvelles manifestations de «gilets jaunes» qui font craindre une répétition des émeutes à Paris, un scénario que le gouvernement veut à tout prix éviter, mobilisant massivement son appareil sécuritaire. 

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a présenté un dispositif de sécurité «de grande envergure», avec notamment le déploiement dans la capitale de véhicules blindés de gendarmerie capables de détruire des barricades. 

• À lire aussi: Images-chocs de l'arrestation de 150 élèves en France 

• À lire aussi: Plus de 89 000 membres des forces de l'ordre mobilisés en France 

• À lire aussi: Cinq conséquences marquantes de la crise 

Commerçants protégeant leurs vitrines, spectacles annulés ou fermetures de stations de métro témoignent de ce climat d'anxiété. De nombreuses capitales étrangères ont appelé de leur côté leurs ressortissants présents en France à la prudence. 

L'exécutif en appelle au sentiment républicain parmi les Français, ne cachant pas une grande inquiétude face à un risque de situation insurrectionnelle et la répétition d'images de violence qui ont fait le tour du monde. 

«Ces trois dernières semaines ont fait naître un monstre qui a échappé à ses géniteurs», a déclaré Christophe Castaner pour qualifier la révolte des «gilets jaunes» - ces Français issus des classes moyennes et populaires dénonçant la politique fiscale et sociale du gouvernement - devenue le creuset de toutes les contestations françaises, comme celle des lycéens. 

Le recul du gouvernement sur la taxation du carburant, élément déclencheur de la fronde, n'a pas permis d'apaiser un mouvement déstructuré, évoluant hors des cadres établis, et sans leader. 

 

 

Un certain nombre de gilets jaunes, mais aussi de personnalités, ont appelé à ne pas manifester à Paris pour éviter des violences qui, jusqu'ici, n'ont pas entraîné directement la mort de manifestants, casseurs ou membres des forces de l'ordre. 

L'appareil d'État, qui ne parvient pas depuis trois semaines à apaiser politiquement cette colère populaire, déploie son arsenal sécuritaire, judiciaire, administratif pour assurer l'ordre public. 

Au total, 89 000 policiers et gendarmes seront déployés dans toute la France samedi pour éviter de revivre les scènes de la semaine précédente: affrontements sous l'Arc de Triomphe, barricades enflammées dans les beaux quartiers, pillages, nuages de gaz lacrymogène pour tenter de disperser des «gilets jaunes» et des casseurs incontrôlables. 

«Tout laisse à penser que des éléments radicaux vont tenter de se mobiliser», selon M. Castaner. 

Une délégation de «gilets jaunes» a été reçue vendredi soir par le premier ministre Edouard Philippe, qui s'est dit «conscient de la gravité de la situation». 

M. Philippe «nous a écoutés et promis de porter nos revendications au président de la République. Maintenant nous attendons M. Macron. J'espère qu'il va parler au peuple de France comme un père, avec amour et respect et qu'il prendra des décisions fortes», a déclaré à la sortie Christophe Chalençon, un porte-parole du mouvement. 

Silencieux toute la semaine, M. Macron a fait savoir qu'il ne s'exprimerait qu'en début de semaine prochaine sur la crise. 

En attendant, le chef de l'État s'est rendu dans la soirée en banlieue parisienne pour y rencontrer des gendarmes mobiles qui seront déployés aux Champs-Élysées. 

Sur les réseaux sociaux, le principal vecteur d'organisation des gilets jaunes, certains mots d'ordre évoquent clairement un changement de régime ou un départ de M. Macron. 

Très impopulaire, conscient qu'il cristallise le ressentiment d'une part importante des Français, le chef de l'État, élu en 2017 en se présentant comme l'homme du changement, mais régulièrement accusé par ses détracteurs d'être le «président des riches», «ne souhaite pas mettre d'huile sur le feu», selon le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand. D'autant que le mouvement des gilets jaunes est lui très largement populaire, d'après les sondages. 

Tour Eiffel, Musée du Louvre, d'Orsay, Pompidou, Grands magasins fermés, rideau baissé sur la scène de l'Opéra ou à la Comédie française, nombreux matchs de football reportés... A Paris, comme en province, la France se claquemure et retient son souffle. 

Circuler dans la capitale, une des villes les plus visitées au monde, sera sans doute une gageure en raison des nombreuses restrictions de circulation automobile, des dizaines de stations de métro fermées, de lignes de bus déviées, de stations de vélo en libre-service désactivées. 

«Faites profil bas et évitez les rassemblements», a recommandé jeudi soir l'ambassade des États-Unis aux Américains présents à Paris. Le gouvernement belge a quant à lui incité les voyageurs à «reporter leur séjour dans la capitale» française. 

«Les informations et images que nous recevons de Paris sont terrifiantes. Ça n'a pas l'air d'être le bon moment de venir pour les fêtes», a commenté au téléphone un couple de sexagénaires de Grand Rapids, dans le Michigan, en annulant son séjour auprès d'un particulier qui loue un hébergement, a raconté ce dernier à l'AFP. 

Du côté des autorités, le procureur de la capitale Rémy Heitz a annoncé avoir pris des mesures pour permettre aux policiers d'interpeller des personnes voulant «en découdre avec les forces de l'ordre» en amont des manifestations. 

Dans certaines zones, les autorités interdisent de manifester, comme dans le nord de la France. Ou bien, elles prohibent la vente et le transport de carburants, d'engins pyrotechniques et de produits inflammables ou chimiques, pour limiter le recours aux engins incendiaires. 

Les hôpitaux parisiens ont aussi renforcé leurs équipes en prévision du weekend. 

Parmi les autres contestataires qui tentent de s'agglomérer à la révolte, certains lycéens continuaient vendredi de manifester, bloquant des établissements scolaires.Quelques milliers d'entre eux ont défilé vendredi à Paris. 

À Mulhouse, dans l'est, un policier a été grièvement blessé au cours d'une manifestation par un lycéen encagoulé à moto qui l'a percuté, selon les autorités.

Dans la même catégorie