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Profs en congé maladie

Une enseignante passionnée au repos forcé

Daphnée Dion-Viens | Agence QMI

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«Je suis partie parce que je n’étais plus capable physiquement d’exercer le métier qui me passionne.»

Marie-Claude Tardif adore enseigner. Depuis plus de 10 ans, elle s’investit corps et âme auprès de ses élèves, dont un nombre grandissant ont des besoins particuliers. «Je ne veux pas laisser un enfant derrière. C’est un beau défi, mais à un moment donné, on se demande si c’est réaliste.»

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L’an dernier, alors que son groupe de troisième année était composé du tiers d’élèves nécessitant un accompagnement plus individualisé, la fatigue a sournoisement pris le dessus sur cette enseignante de la région de Québec.

Il devenait difficile, voire impossible, d’adapter constamment les exercices à faire en classe aux besoins de chaque enfant, raconte-t-elle.

«C’est subtil. Au début, tu ne te rends même pas compte que tu ne souris plus, tes collègues te le font remarquer. Ensuite, tu te dis que tu es toujours fatiguée. Chaque tâche que tu fais te prend deux fois plus de temps, alors tu prends du retard. Tu tombes dans le stress et l’anxiété, tu ramènes ça à la maison. Tu te réveilles en pleine nuit pour penser à la pile de corrections que tu n’as pas faites. Et ta tête continue de rouler. À un moment donné, tu te rends compte que ta santé est touchée et tu te demandes jusqu’où tu vas te rendre.»

Mme Tardif est partie en congé de maladie un mois, au printemps dernier, à la suite de symptômes reliés à l’épuisement professionnel. «Je suis partie en me disant que si je ne le faisais pas maintenant, je ne pourrais pas finir mon année scolaire.»

Honte de se sentir dépassée

Malgré un contexte difficile, Mme Tardif s’est sentie «énormément coupable» de laisser ses élèves «qui lui tiennent tellement à cœur».

«J’avais honte de me sentir toujours dépassée par le rythme de travail», ajoute-t-elle.

L’enseignante a réussi à terminer l’année scolaire, non sans difficulté. «Ce n’était peut-être pas le meilleur des choix, laisse-t-elle tomber. Mon énergie n’était pas au rendez-vous.»

Mme Tardif a aujourd’hui réussi à reprendre le dessus, mais l’équilibre reste fragile à maintenir, dit-elle.

«J’ai fait des choix personnels et professionnels qui font que je ne m’implique plus autant qu’avant. Je ne donne plus le 110% que je donnais. Je fais encore du temps supplémentaire, mais je me mets moins de pression pour tout réussir. J’essaie de ne pas perdre mes repères et de revenir à l’essentiel. Mais je ne sais pas si je suis à l’abri.»

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