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«Gilets jaunes» Populaire

Nuit mouvementée après les multiples manifestations

Lucie Peytermann et Marie Wolfrom | Agence France-Presse

Des heurts ont de nouveau émaillé samedi, à Paris comme en province, la nouvelle journée d'action à hauts risques des «gilets jaunes» français, marquée par de très nombreuses arrestations, mais les émeutes étaient moins violentes dans la capitale française que celles de la semaine dernière, qui avaient plongé Paris dans le chaos.  

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Malgré les mises en garde des autorités qui ont tenté de dissuader les manifestants de se déplacer, le mouvement n'a pas faibli, avec 125 000 personnes recensées dans toute la France vers 16H00 GMT, non loin des 136 000 de samedi dernier.  

Si la situation est restée relativement calme durant la première moitié de la journée, elle s'est ensuite tendue à Paris et dans plusieurs villes de province avec des affrontements et des pillages à la faveur de la nuit hivernale.  

 

  

 

Après les sidérantes émeutes de la semaine passée, avec les barricades enflammées en plein Paris, des rues saccagées et les affrontements sous l'Arc de Triomphe, le gouvernement s'est félicité d'une journée nettement plus contrôlée, jugeant avoir «cassé la dynamique des casseurs», selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.  

Fait exceptionnel: des véhicules blindés de la gendarmerie ont été déployés à Paris, résumant la montée en puissance sécuritaire du gouvernement d'Emmanuel Macron, qui ne parvient pas à apaiser depuis trois semaines cette colère des classes populaires françaises contre la politique fiscale et sociale du président français, dont le signe de ralliement est le gilet jaune fluorescent de signalisation que chaque conducteur français doit avoir dans son véhicule.  

Après les événements de la semaine dernière, les autorités avaient prévenu qu'elles seraient beaucoup plus sévères et mobiles dans leur traque des éléments violents, «gilets jaunes», mais aussi casseurs sans revendication sociale.  

  

  

Du coup, la capitale française s'était barricadée et des centaines de personnes ont été interpellées dans les gares ou aux abords des lieux de rassemblement, avant même toute manifestation, principalement car elles étaient en possession de marteau, de boules de pétanque, de pavés, de masques...  

Au total, «il y a eu 1385 interpellations» vers 18h00 GMT, et «ce chiffre va encore progresser», a annoncé M. Castaner alors que pas moins de 89 000 membres des forces de l'ordre étaient mobilisés sur le territoire, dont 8000 à Paris.  

Les heurts ont eu lieu en plusieurs points distincts de la capitale: gaz lacrymogènes aux abords de la célèbre avenue des Champs-Élysées, la galerie commerciale chic du Drugstore de Publicis de l'avenue attaquée, des vitrines brisées sur plusieurs avenues avoisinantes, une barricade enflammée sur les Grands-Boulevards, etc...  

La météo capricieuse n'a pas dissuadé les manifestants. «Le temps est pourri, le gouvernement aussi», scandaient dans l'après-midi une poignée de «gilets jaunes» remontant l'avenue de l'Opéra, alors qu'une petite pluie fine commençait à tomber sur la capitale.  

  

  

Comme la semaine dernière, des voitures et du mobilier urbain ont été incendiés, des vitrines saccagées et des magasins pillés. «Ils ont tout pris, tout, tout, tout», se lamente le propriétaire d'un magasin de lunettes rue Jouffroy d'Abbans, dans l'ouest parisien.  

Plusieurs journalistes ont été malmenés et même blessés lors des manifestations, dont plusieurs par des tirs de balles en caoutchouc.  

Ailleurs en France, les manifestations de «gilets jaunes» ont été nombreuses et plusieurs d'entre elles ont aussi dégénéré, dans les grandes villes, comme à Bordeaux et Toulouse (sud-ouest), Saint-Etienne (centre) et Marseille (Sud) où des échauffourées ont éclaté sur la célèbre Canebière.  

Un manifestant a été grièvement blessé à Bordeaux, sa main arrachée par une grenade anti-émeute qu'il avait ramassée. Au total 118 manifestants et 17 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon le gouvernement.  

  

  

Plusieurs de ces manifestations ont fusionné avec les marches organisées parallèlement pour le climat, dans le cadre d'un appel international à l'occasion de la Conférence de l'ONU sur le climat qui se déroule en Pologne.  

Les «gilets jaunes», issus majoritairement des classes populaires et moyennes, se disent excédés par la politique fiscale et sociale d'Emmanuel Macron, qu'ils jugent injuste et dénoncent depuis trois semaines, manifestant et organisant barrages filtrants et sit-in à travers le pays.  

Le recul du gouvernement sur la hausse des taxes sur le carburant, revendication première des gilets jaunes, n'a pas permis d'apaiser un mouvement particulièrement défiant à l'égard des élites politiques et des partis traditionnels.  

Dans la manifestation à Paris, Lydie Bailly, 48 ans, confie ne plus s'en sortir. «Je suis aide-soignante en gériatrie depuis 15 ans. Quand on est absente, on n'est pas remplacée. On n'a pas eu d'augmentation de salaire depuis dix ans, c'est juste révoltant».  

Symptôme d'un pays fracturé, le mouvement des «gilets jaunes», déstructuré et évoluant hors des cadres établis, n'a pas de véritable leader, rendant épineuses les tentatives de négociation du gouvernement avec lui.  

Le premier ministre Edouard Philippe a appelé de ses voeux une union nationale retrouvée. Il faut «retisser l'unité nationale», a-t-il dit samedi soir.  

Emmanuel Macron «s'exprimera. Il lui appartiendra de proposer les mesures qui viendront nourrir ce dialogue et qui permettront, je l'espère, à l'ensemble de la Nation française de se retrouver et d'être à la hauteur des enjeux», a ajouté le premier ministre.  

Cette révolte de ceux qui se vivent comme des laissés pour compte a été saluée samedi par l'américain Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump et un des théoriciens de la poussée populiste dans le monde occidental.  

«Les gilets jaunes (...) de France sont exactement le même type de gens qui ont élu Donald Trump (...), qui ont voté le Brexit. Ils veulent le contrôle de leur pays», a-t-il assuré, alors que le mouvement des Gilets jaunes français échappe largement à toute récupération des partis politiques traditionnels.  

Et le phénomène fait florès hors de France. Samedi, 400 personnes ont été arrêtées à Bruxelles lors d'une manifestation de «gilets jaunes». Des manifestations dans le calme se sont aussi déroulées dans plusieurs villes des Pays-Bas.  

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