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QS brasse la cage!

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

« On vous dérange, on vous bouscule ? Habituez-vous, on est là pour rester » a lancé Gabriel Nadeau-Dubois aux troupes solidaires réunies en fin de semaine.

Maintenant armé de budgets considérables, d’un statut parlementaire incontournable, d’un caucus divers et un peu hétéroclite, Québec solidaire a lancé un signal : il ne lui suffit plus d’être la conscience sympathique et idéaliste de l’Assemblée nationale. Le parti passe à la prochaine étape, celle de sérieusement brasser la cage du débat politique québécois.

L’ex leader étudiant veut faire de son parti « un mouvement de résistance, un mouvement d'opposition, capable d'investir à la fois la rue et le Parlement.»

Qu’on soit d’accord ou pas avec les positions de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois et ses troupes revendiquent leur anti-conformisme, et réclament le droit de débattre aussi de ce dont on ne discute jamais.

Le cas Dorion

Comment une tuque et des bottes ont-elles pu faire couler autant d’encre ? À cause de ce qu’elles incarnent.

Oui, Catherine Dorion a instrumentalisé la presse pour « faire parler d’elle », oui, elle a un peu poussé le bouchon en posant en camisole dans le foyer de l’Assemblée nationale. Et alors ?

La manœuvre n’était pas qu’un coup de pub narcissique pour celle qui se décrit comme « le visage poétique de la politique ».

Catherine Dorion nous a confrontés à nos propres contradictions en faisant la démonstration que jamais plus de 800 000 personnes n’auraient écouté son discours au Salon bleu si elle on n’en avait pas tant parlé à cause de son t-shirt. Elle a surtout illustré à merveille à quel point le Québec demeure une société bien conservatrice.

Faut-il vraiment que tous nos députés ressemblent à des stagiaires de bureau d’avocats pour être crédibles ? Pourquoi le décorum tant galvaudé doit-il se limiter aux vêtements, alors qu’on tolère le mépris et la mauvaise foi dans les débats ? On s’indigne que les solidaires s’habillent comme des cégépiens, mais on tolère que d’autres députés se comportent comme des ados pendant les débats parlementaires?

Il ne faut pas se leurrer, la violence de la réaction face aux solidaires révèle à quel point la liberté d’affirmer sa différence demeure relative, tout comme la capacité de discuter de certains enjeux.

C’est ce conservatisme social, politique et idéologique que QS remet en question.

Pourquoi a-t-on peur de QS ?

La société québécoise a toujours été plus conformiste qu’elle ne veut bien se l’admettre.

Mais ne faut-il pas des gens qui dérangent, qui bousculent, qui remettent en question l’ordre établi pour faire avancer une société?

Est-ce que le but, dans la vie, est vraiment d’avoir plus d’argent dans nos poches? À quoi sert tout ce pognon si nous sommes perpétuellement au bord de l’épuisement? Est-ce que nos enfants auraient de meilleurs résultats scolaires si leurs parents étaient moins stressés ? Il me semble que ce sont là des questions pertinentes. Mais alors, pourquoi les évacuer quand elles sont soulevées par une députée-poète en t-shirt ?

Si Québec solidaire dérange tant, c’est justement parce que le parti « assume un agenda politique de rupture ». Il ne faut pas oublier que c’est aussi la raison pour laquelle, il a su séduire tant de Québécois lors des dernières élections.

Trump, le Brexit, le mouvement des gilets jaunes, la résurgence d’un populisme nationaliste et de l’extrême-droite... Les démocraties occidentales sont en train de payer le prix d’un rejet massif de l’ordre établi. Une rupture aujourd’hui dangereuse pour l’économie et la démocratie dans bien des cas.

Québec solidaire propose plutôt d’intégrer la rupture et la contestation à notre vie politique et de les respecter. Habituons-nous, la vie politique a soudainement changé.

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