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Le tireur de Strasbourg aurait crié «Allah Akbar»

Agence France-Presse

Mardi soir, Chérif C., un ancien détenu de 29 ans, ouvre le feu en criant «Allah Akbar» en plusieurs endroits du marché de Noël de Strasbourg, fréquenté chaque année par deux millions de visiteurs: deux personnes meurent et un blessé est en état de mort cérébrale.

Le récit des événements:

Tentative d’arrestation au matin

Une opération a lieu mardi matin, une douzaine d'heures avant la fusillade, à son domicile, à l'ouest de la ville. Les enquêteurs sont sur la piste de cet individu, fiché «S» (pour sûreté de l'État) pour la radicalisation de sa pratique de l'islam et connu pour des faits de droit commun, soupçonné d'être l'instigateur d'une tentative d'assassinat en août 2018 dans le cadre d'un vol qui aurait mal tourné.

L'homme n'est pas présent, mais les enquêteurs découvrent une grenade défensive, une arme 22 Long Rifle chargée, des munitions et quatre couteaux.

Terreur au marché de Noël

Comme chaque début de soirée de décembre à Strasbourg, les allées du marché de Noël, dédale de quelque 300 chalets de bois qui vendent vin chaud et produits locaux au coeur de la ville, sont bondées.

«À 19h47 il est apparu au 10, rue des Orfèvres, en plein coeur de Strasbourg et du marché de Noël», a expliqué le ministre français de l'Intérieur Christophe Castaner devant l'Assemblée nationale.

Chérif C. ouvre le feu sur des passants avec un pistolet automatique dans cette artère commerçante située à quelques dizaines de mètres de la cathédrale de Strasbourg.

Il évolue rapidement dans ce quartier piéton de l'hypercentre, empruntant successivement plusieurs rues et ruelles.

«Pendant ce périple, trois personnes, des citoyens, ont tenté de l'interpeller. L'une d'elles a été blessée à coups de couteau», a repris M. Castaner, parlant de «héros».

De nombreuses personnes fuient le centre-ville à la hâte, tandis que des témoins entendent l'assaillant crier «Allah Akbar» (Dieu est le plus grand, en arabe).

Sur son chemin, il croise quatre militaires de l'opération Sentinelle, alertés par les tirs. L'homme fait feu dans leur direction, la patrouille riposte et le blesse à un bras, mais il parvient à s'échapper.

Chérif C. s'engouffre dans un taxi et quitte la «Grande-Ile» (le centre historique) peu après 19h GMT.

À 16h GMT mercredi, un bilan faisait état de 2 morts, une personne en état de mort cérébrale et 12 blessés dont plusieurs en urgence absolue. Les victimes sont âgées de 20 à 65 ans.

La fuite

Selon le récit d’une source proche du dossier, Chérif C. a été déposé en taxi dans le quartier du Neudorf, au sud de la ville.

Entendu comme témoin, le chauffeur de taxi a indiqué que l'homme lui avait demandé de le conduire dans ce quartier, sans donner d'adresse précise.

Aux alentours de 19h20 GMT, il est aperçu marchant dans la rue de Saint-Dié, toujours dans le quartier de Neudorf. Il y rencontre des policiers qui lui intiment l'ordre de s'arrêter.

Cherif C. tire dans leur direction et prend de nouveau la fuite. Mais des policiers retrouvent sa trace et les échanges de tirs reprennent. Encore une fois, il réussit à échapper aux forces de l'ordre et s'évanouit dans la nature.

La traque

Un hélicoptère survole la zone jusque tard dans la nuit, sans succès. Les nombreux enquêteurs mis sur sa piste réalisent plusieurs perquisitions dans les lieux qu'il fréquente, notamment dans le quartier des Poteries, à l'ouest de la ville, où il vivait seul.

Quatre proches de Chérif C. étaient toujours en garde à vue à la mi-journée mercredi: son père, sa mère et deux frères.

Les autorités ont pensé un moment qu'il pouvait avoir passé la frontière et s'être réfugié en Allemagne, à Kehl, juste de l'autre côté du Rhin: «La coopération excellente avec les autorités allemandes nous a permis d'agir. Le site où nous pensions qu'il avait pu se loger a été immédiatement quadrillé par les forces de l'ordre allemandes, et il n'était hélas pas sur ce site-là», a encore relevé M. Castaner.

Au total, plus de 700 membres des forces de sécurité sont aux trousses du jihadiste.

La Suisse, située à 130 kilomètres au sud de Strasbourg, a également renforcé son dispositif à la frontière.

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