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Le jihadiste de Strasbourg toujours en fuite

Agence France-Presse

Les forces de l'ordre françaises étaient toujours engagées mercredi soir dans la traque d'un jihadiste au lourd passé judiciaire, Cherif Chekatt, qui, criant «Allah Akbar», a tiré mardi soir dans la foule du marché de Noël de Strasbourg (est), faisant deux morts et un blessé en état de mort cérébrale.  

Un appel à témoins accompagné d'une photo a été diffusé mercredi soir par la police française pour tenter de retrouver cet homme de 29 ans, né le 24 février 1989 à Strasbourg.  

«Individu dangereux, surtout n'intervenez pas vous-même», met en garde la police sur son compte Twitter, décrivant un individu de 1,80 m, de «corpulence normale».  

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Fiché «S» («sûreté de l'État») pour sa radicalisation islamiste, cet homme a un passé judiciaire très lourd avec déjà pas moins de 27 condamnations en France, mais aussi en Allemagne et en Suisse, et a été incarcéré plusieurs fois.  

Il a ouvert le feu mardi peu avant 19h GMT dans des rues commerçantes du centre historique de Strasbourg, à quelques mètres du grand sapin du célèbre marché de Noël. Doté d'une arme de poing et d'un couteau, l'assaillant a ensuite échangé des tirs avec les forces de l'ordre, qui l'ont blessé au bras.  

Il est ensuite monté dans un taxi pour prendre la fuite.  

«Le terrorisme a une nouvelle fois frappé notre territoire», a lancé le chef du parquet antiterroriste, Rémy Heitz. L'homme est «très connu» de la justice, pour des faits de droit commun, «principalement» des vols et violences.  

En prison, il s'est radicalisé et a eu une «attitude prosélyte» en 2015, ce qui lui a valu d'être inscrit sur le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), a précisé le procureur lors d'une conférence de presse à Strasbourg.  

«Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l'assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l'ont entendu crier "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand, en arabe), la section antiterroriste du parquet de Paris s'est saisie des faits», a-t-il déclaré.  

  

  

Mardi matin, il devait être interpellé par les gendarmes dans le cadre d'une enquête de droit commun, mais a échappé à cette arrestation, selon une source proche du dossier.  

Les parents et deux frères de l'assaillant ont été placés en garde à vue, a-t-on appris de source proche du dossier, tandis que «plusieurs perquisitions» ont été réalisées dans la nuit de mardi et mercredi dans des lieux que le suspect est «susceptible de fréquenter», a précisé le procureur Rémy Heitz, lors d'une conférence de presse à Strasbourg.  

Alors que la police était toujours mercredi à la recherche du suspect, quatre de ses «proches» étaient encore en garde à vue, mercredi en milieu de journée, a précisé le procureur Heitz.  

Selon lui, deux personnes sont mortes et une autre est en état de mort cérébrale. Un précédent bilan faisait état de trois morts.  

Douze autres personnes ont été blessées, dont six sont toujours en état d'urgence absolue. Selon le maire de Strasbourg, un touriste d'origine thaïlandaise compte parmi les victimes.  

Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron a décidé «d'accroître la mobilisation des militaires» dans le cadre du dispositif de sécurité Sentinelle, a annoncé le premier ministre Édouard Philippe mercredi soir.  

«Ce sont 500 militaires qui, dès aujourd'hui, sont venus compléter le dispositif» Sentinelle et «1300 qui, dans les jours qui viennent, viendront s'ajouter à ceux déjà mobilisés» pour assurer «la sécurisation» des sites et «garantir la sécurité des Français», a déclaré M. Philippe lors d'une brève allocution au ministère de l'Intérieur.  

Dans le centre-ville de Strasbourg sous le choc, le grand glas de la cathédrale de Strasbourg a sonné durant 10 minutes à midi «pour s'unir à la souffrance des victimes et de tous les Strasbourgeois», selon l'évêché.  

Place Kléber, centre névralgique de la ville, des passants ont commencé à rendre hommage aux victimes par quelques bougies et pétales de roses et des inscriptions «je suis Strasbourg», à l'image du slogan «Je suis Charlie» qui avait été repris par des centaines de milliers de personnes après l'attentat jihadiste de janvier 2015 contre l'hebdomadaire Charlie-Hebdo.  

Le marché de Noël de Strasbourg restera fermé jeudi, selon la municipalité.  

Après cette attaque, le gouvernement a rehaussé à «urgence attentat», soit son niveau maximal, le plan national de lutte contre le terrorisme Vigipirate.  

Le traditionnel marché de Noël de Strasbourg avait fait l'objet d'un projet d'attentat en décembre 2000.  

La France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent qui a fait 246 tués depuis 2015, sans compter la fusillade de Strasbourg.