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Il pensait mourir d’un cancer... qu’il n’avait pas

Dominique Scali | Agence QMI

Un homme qui dit avoir reçu un diagnostic de cancer en phase terminale qui ne lui laissait que quelques mois à vivre poursuit son hôpital après avoir appris qu’il n’était finalement pas malade.   

«On nous a annoncé qu’il ne lui restait que trois à six mois à vivre. On était à terre», dit Margareth Mompoint.   

Pendant plus d’un an, elle et son frère ont vécu sur le qui-vive, dans l’attente du coup de fil qui allait annoncer la mort de leur père Jeannot Mompoint, 83 ans.   

«On était tellement malheureux», dit sa fille.   

La famille Mompoint a déposé une demande en justice en novembre, réclamant un total de 130 000 $ à l’Hôpital général juif de Montréal ainsi qu’aux médecins Matthew Strohl et Agnieszka Majdan.   

En mai 2016, cet ancien chauffeur et propriétaire de taxis s’est rendu à l’hôpital pour un banal problème de digestion. Il en serait ressorti avec un diagnostic de cancer colorectal en phase terminale, racontent ses enfants, que «Le Journal de Montréal» a rencontrés dans le CHSLD de L’Île-Bizard où il est hébergé.   

Séjour d’adieu   

Convaincu de sa mort imminente, Jeannot Mompoint a cessé de prendre ses médicaments pour l’hypertension et pour la santé de ses poumons, raconte sa famille. Il a aussi cessé ses exercices d’ergothérapie.   

La famille a mis en branle tout le processus des préarrangements, réalisant ses dernières volontés. M. Mompoint souhaitait mourir en Haïti, son pays d’origine, où il avait déjà l’habitude de passer ses hivers.   

Munis de leurs vêtements de deuil, les enfants, petits-enfants et cousins se sont rendus en Haïti en juillet pour lui dire adieu.   

Sauf qu’au fil des mois, la situation de leur aïeul était toujours stable.   

«Après six mois, on se disait: wow, il est tough», raconte son fils Ronald Mompoint. Mais ils ont peu à peu commencé à douter.   

À deux reprises, en septembre 2016 puis en mars 2017, M. Mompoint est revenu au Québec pour se faire réévaluer à l’hôpital. Les médecins auraient maintenu leur diagnostic et refusé de réaliser une biopsie pour le confirmer, selon la requête.   

«C’est de l’entêtement. On n’a jamais lâché [les médecins] pour leur demander une biopsie. Mais personne ne nous a crus», dit Margareth Mompoint.   

Ce n’est qu’en septembre 2017 qu’un autre médecin aurait finalement accepté de réaliser cette biopsie. Résultat: Jeannot Mompoint n’a jamais eu de cancer, résume la famille.   

L’Hôpital général juif n’a pas souhaité commenter étant donné ses «obligations de confidentialité». Quant aux Dr Matthew Strohl et Dre Agnieszka Majdan, ils n’avaient pas répondu à notre demande tard mercredi soir.   

«Laisser-aller» et perte d'autonomie   

Sans le diagnostic erroné et répété de cancer, Jeannot Mompoint serait encore capable de se coiffer et de se raser lui-même, croient ses enfants.   

La famille Mompoint demande un dédommagement pour les séquelles, le stress, les inconvénients et l’argent perdu en raison de l’erreur des médecins de l’Hôpital général juif.   

Mais la part du lion de l’argent réclamé, soit 75 000 $, revient à Jeannot Mompoint lui-même, expliquent-ils.   

Car pendant tous ces mois passés à attendre la mort, M. Mompoint s’est «laissé aller» et a perdu beaucoup d’autonomie, dit sa fille Margareth.   

«Sans cela, on aurait travaillé pour qu’il reste en forme.»   

En raison d’un arrêt cardiovasculaire subi en 2015, le côté gauche de son corps est paralysé et il peut difficilement s’exprimer. Mais au-delà de ça, il n’a aucune maladie, indique Mme Mompoint.   

Rattrapage difficile   

Il avait par exemple l’habitude de faire des exercices de tonus pour garder sa capacité à se lever et continuer à utiliser le côté droit de son corps, qui n’est pas paralysé.   

«Cette perte-là, il ne pourra jamais la retrouver. C’est ça le plus grave», déplore son fils Ronald.   

Selon eux, l’erreur principale des médecins n’est pas tant de s’être trompé à l’origine, mais d’avoir persisté dans leur diagnostic et d’avoir refusé de se remettre en question.   

«Les médecins ont une obligation de moyens», explique Jimmy Lambert, l’avocat des Mompoint.   

C’est-à-dire qu’ils doivent faire preuve de prudence, de diligence et prendre tous les moyens à leur disposition pour trouver le juste diagnostic, ce qu’ils n’ont pas fait ici, soutient Me Lambert.   

Émotions contradictoires   

Ronald Mompoint se souvient d’ailleurs d’un moment où le personnel leur aurait dit «d’aller voir un oncologue privé» s’ils n’étaient pas satisfaits.   

La famille vit donc avec des émotions contradictoires, soit le soulagement de savoir que leur père n’est pas mourant, mais aussi la colère d’avoir subi «l’arrogance» des médecins.

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