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Une chocolaterie ouverte en 1940 fermera boutique

Francis Pilon | Agence QMI

L’institution montréalaise Chocolats Andrée, qui a appartenu à trois générations de femmes au fil des 78 dernières années, fermera ses portes le 31 décembre prochain. 

«L’édifice a été vendu très récemment et c’est dû à une prise de possession qui est très rapide. Certains de mes employés avaient aussi annoncé le désir de prendre leur retraite éventuellement, tout s’aligne un peu avec cette décision», a expliqué au «24 Heures» Stéphanie Saint-Denis, la propriétaire de Chocolats Andrée. 

La chocolaterie, qui aura traversé près de huit décennies d’activité sur l'avenue du Parc, dans le Mile-End, mettra donc la clé sous la porte de son établissement, tout juste avant la nouvelle année. 

En 1940, avec un père décédé et une mère malade, Madeleine Daigneault et sa sœur Juliette avaient décidé d’ouvrir leur propre chocolaterie en pleine Deuxième Guerre mondiale. Un défi audacieux pour les deux femmes, d’autant plus que les denrées étaient rationnées à l’époque. 

«Les clients devaient apporter leur ration de sucre pour préparer les chocolats, elles étaient très déterminées. C’était mal vu aussi des femmes qui travaillaient à l’époque. Elles n’ont même pas pu signer leur certificat d’immatriculation pour leur entreprise», a indiqué la petite fille de Mme Daigneault, Stéphanie Saint-Denis. 

Les sœurs fondatrices sont tout de même devenues des entrepreneuses dans un monde d’hommes avec leur boutique. Le nom unisexe de l’institution, «Andrée», a justement été choisi pour faire un clin d’œil au climat de l’époque et pour le fait qu’il se prononce facilement en français ou en anglais. 

Une histoire de femmes 

Chocolats Andrée est avant tout l’histoire de femmes fortes qui ont traversé 78 années en desservant une clientèle de proximité. 

Madeleine Daigneault, qui est décédée en 2013, a transféré tout son savoir et sa passion à sa fille Nicole. Cette dernière a été propriétaire de l’entreprise familiale de 1986 à 1992. Puis sa petite-fille Stéphanie Saint-Denis a finalement été la dernière chocolatière de la lignée. 

«Je me rappelle encore quand j’étais toute petite, je faisais mes devoirs sur la table en arrière de la chocolaterie. J’y ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est bien plus qu’une chocolaterie, il y a toute une identité qui vient avec», a souligné Mme Saint-Denis, émotive à l’idée de cette page qui se tourne dans sa vie. 

Cette dernière utilise toujours les recettes de sa grand-mère à la lettre pour confectionner les chocolats en 2018. Elle affirme d’ailleurs que sa boutique était l'une des dernières dans la métropole à tremper les chocolats à la main par une «sauceuse». 

Cette méthode artisanale et la qualité sans compromis des produits ont forgé la réputation du commerce au fil des années. 

Mme Saint-Denis se dit maintenant prête à céder certains de ses actifs, mais son plus grand souhait est surtout de trouver un acquéreur sérieux qui aimerait reprendre le nom de l’entreprise et les recettes de Chocolats Andrée au cours des prochaines années.