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Talc cancérigène: Johnson & Johnson savait

Johnson & Johnson est de nouveau mis sur la sellette, cette fois par informations de presse qui révèlent que le géant américain du secteur des produits pour l'hygiène a délibérément caché pendant plusieurs décennies que son talc contenait parfois de l'amiante. 

La révélation vient de l’agence Reuters qui a publié vendredi les résultats d’une longue enquête sur la présence d’amiante, un produit cancérigène, dans le talc utilisé dans certains des produits de Johnson & Johnson. Selon Reuters, la compagnie a développé une stratégie dès les années 1970 pour gérer un nombre croissant d’études démontrant que des mineurs travaillant dans des mines de talc présentaient des niveaux élevés de maladies pulmonaires et de cancer. 

• À lire aussi: Johnson & Johnson s'effondre à Wall Street 

«Notre position actuelle en matière de parrainage d'études sur la sécurité du talc a été de lancer des études uniquement en fonction de la confrontation, indique par exemple une note interne datant de 1975 écrite par un directeur de recherche de Johnson & Johnson à l’intention des gérants de la division des produits pour bébé et obtenue par Reuters. Jusqu'à présent, cette philosophie nous a permis de neutraliser ou de retenir les données déjà générées par les enquêteurs qui remettent en question la sécurité du talc.» 

Un autre document interne obtenu par Reuters mentionne également que l’ingrédient principal de la très populaire poudre à bébé pouvait potentiellement être contaminé par l’amiante. Le dirigeant ayant écrit la note interne avait recommandé que la compagnie améliore le contrôle de la qualité du talc. 

En 1973, un autre dirigeant disait que la compagnie ne devrait plus assumer que l’amiante était absente de ses mines de talc. La poudre, a-t-il dit, peut quelquefois contenir des matières qui «peuvent être classées comme de la fibre d’amiante». 

Les efforts de la compagnie pour minimiser la situation, nombreux, sont allés jusqu’à la commandite d’une étude sur la santé de mineurs italiens pour laquelle elle a dit aux chercheurs quels résultats elle comptait obtenir, a rapporté l’agence de presse, selon laquelle l’entreprise a commercialisé des produits à base de talc qui, au moins entre 1971 et le début des années 2000, contenaient parfois de l'amiante. 

Johnson & Johnson a réagi en qualifiant l'article de Reuters de «partial, faux et provocateur». 

«La poudre pour bébé de Johnson & Johnson est sans danger et ne contient pas d'amiante, assène le groupe dans un communiqué en mettant notamment en avant «les milliers de tests menés par J&J, les régulateurs, des laboratoires indépendants et des instituts académiques» ayant démontré l'absence d'amiante dans ses produits. 

L'entreprise a souligné également avoir «coopéré complètement et ouvertement avec l'agence de santé américaine et d'autres organismes réglementaires à travers le monde, en leur fournissant toutes les informations requises pendant des décennies». 

Johnson & Johnson affirme enfin avoir «toujours utilisé les méthodes disponibles les plus avancées» pour tester la présence ou non d'amiante. 

L'affaire du talc n'est pas nouvelle pour l'entreprise, qui fait face depuis plusieurs années à une vague de plusieurs milliers de procès accusant le talc commercialisé par le groupe d'être à l'origine de cancers. 

En juillet, Johnson & Johnson a ainsi été condamné à verser 4,7 milliards $ de dommages et intérêts à un groupe de 22 femmes affirmant avoir développé un cancer de l'ovaire suite à l'utilisation du talc dans la toilette intime. 

La publication des résultats de l’enquête de Reuters a fait plonger le titre de Johnson & Johnson à la Bourse de New York. Il a terminé la séance en baisse de 10 %, vendredi, sa chute la plus importante sur une seule journée depuis 2002. 

Avec l’Agence France-Presse 

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