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Une hôtelière qui en a marre d’Airbnb

Philippe Orfali | Agence QMI

Christiane Germain en a marre. Marre des comités de Mélanie Joly et des prétextes donnés par Québec dans le dossier d’Airbnb, un vautour étranger qu’elle accuse de «concurrence déloyale», en entrevue au «Journal».  

La coprésidente du Groupe Germain Hôtels a été patiente, mais juge aujourd’hui qu’il est temps d’agir dans le dossier de la fiscalité d’Airbnb, une entreprise américaine qui ne paie pas d’impôts au Canada et qui ne prélève que dans certains cas la taxe de vente.  

«Pour moi, Airbnb c’est une concurrence totalement déloyale. Mais soyons clairs : je n’ai rien contre les gens qui louent leur appartement quand ils vont en vacances et se font un revenu d’appoint. Où c’est problématique, où c’est totalement déloyal, c’est lorsque des gens en font un commerce, s’achètent des appartements et les mettent sur ces plateformes jour après jour, après jour», tonne la dragonne.  

Une industrie lucrative  

Cette affirmation est soutenue par des données produites l’an dernier par une équipe d’urbanistes de l’Université McGill, qui révélaient que 10 % des hôtes Airbnb se partagent près de la moitié des revenus engrangés sur Airbnb dans les trois plus importantes villes du pays.  

En d’autres mots, le marché de l’industrie du «partage» est concentré entre les mains de quelques joueurs. Airbnb rejette ces allégations.  

La ministre fédérale du Tourisme, Mélanie Joly, se défend en affirmant qu’un comité se penche sur la question de l’hébergement. «Il faut trouver un équilibre entre l’innovation et l’équité» envers l’industrie hôtelière traditionnelle, a-t-elle affirmé lundi en entrevue. «Il va de soi qu’il ne peut pas y avoir de passe-droit pour Airbnb.»  

À Québec, la ministre Caroline Proulx rappelle quant à elle que les particuliers engrangeant plus de 30 000 $ en revenus d’Airbnb doivent percevoir la TVQ. De nouvelles mesures entrent aussi en vigueur pour exiger la taxe de vente sur certains frais de réservation.  

Comme Netflix  

C’est trop peu pour Mme Germain.  

«À voir comment Ottawa les traite, ça m’incite à organiser ma fiscalité différemment, ironise Mme Germain. Peut-être que j’essaierais, moi aussi, d’installer mon siège social aux Bahamas pour faire comme Airbnb.»  

«J’insiste, il faut que ces gens-là aient les mêmes règles que nous autres. Ce ne sont pas des particuliers, ce sont des entreprises.»  

«Comme avec Netflix, ce n’est pas compliqué, t’as des gens qui font une activité commerciale. Je le sais, tout le monde le sait. Il faut agir.»