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Un motard devenu embarrassant

Éric Thibault | Agence QMI

L’ex-acolyte des Hells Angels assassiné dans l’arrondissement de Saint-Léonard, jeudi, était sur la corde raide depuis une transaction de drogue qui s’est retournée contre les motards.

Quand il faisait partie d’un club-école des Hells, Sébastien Beauchamps a été enregistré en train de dire qu’il trouvait sa vie de trafiquant «plus normale» que celle des «fous» pris dans le trafic du matin en allant travailler de 9 à 5.

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L’ancien porte-couleurs des motards Rockers connaissait les risques de ce commerce où, parfois, les apparences peuvent suffire à signer son arrêt de mort.

C’est dans ce contexte que la victime de la possible purge interne de jeudi aurait servi d’intermédiaire entre un fournisseur de cocaïne et un réseau de trafiquants lié aux Hells, pendant qu’ils étaient épiés par la police, a appris «Le Journal» dans des documents judiciaires et auprès de sources.

À l’automne 2014, le marché des stupéfiants dans la grande région de Montréal a été aux prises avec une rare pénurie de cocaïne.

Le prix du kilo, que les trafiquants transigent à environ 50 000 $ — un prix fixé par les Hells et la mafia italienne et resté stable depuis près de 20 ans – avait alors grimpé à 70 000 $.

Suivi à la trace

Contacté par le chef du réseau ciblé par l’enquête, Beauchamps se serait fait rassurant quant à la possibilité d’aller chercher sans risque un kilo de poudre blanche chez son ami fournisseur, le soir du 8 octobre 2014.

Mais quelques minutes après la transaction, l’homme envoyé pour prendre livraison de la drogue a été cueilli par les policiers de l’Escouade régionale mixte de lutte au crime organisé, qui le suivaient à la trace. Ils ont également saisi le kilo de cocaïne.

Ils ont ensuite arrêté le fournisseur de «coke» chez lui, à Mascouche, non loin du domicile de Beauchamps.

Pas accusé

Le surlendemain, questionné par le chef du réseau, Beauchamps se disait en colère et se plaignait que «tout le monde» répandait des faussetés à son sujet en lien avec l’intervention policière.

L’enquête s’est poursuivie, et un an plus tard, le réseau au complet était démantelé.

Deux membres en règle des Hells Angels se retrouvaient aussi parmi les accusés.

Aucune accusation n’a cependant été déposée contre Beauchamps dans cette affaire, ce qui n’a sûrement pas étouffé les soupçons voulant qu’il ait parlé aux autorités.

Rien dans les rapports d’enquête ne précise que l’homme de 44 ans ait déjà pu servir d’informateur de police.

On apprend aussi dans des documents de cour de cette enquête antidrogue que Beauchamps a été rencontré dans le cadre d’une enquête d’homicide par la Sûreté du Québec, le 4 novembre 2014.

Les policiers l’ont questionné concernant le meurtre d’Yvon Lafond, un trafiquant de L’Assomption relié aux Hells et assassiné par balles en face de sa résidence par quatre membres d’un gang de rue montréalais, le 28 juin 2013.

Gangs de rue

Peu avant sa mort, Lafond s’était bagarré dans un restaurant avec un dirigeant du réseau ciblé.

Beauchamps, qui se déplaçait au volant d’un luxueux VUS de marque Mercedes, avait simplement répondu «ne pas connaître M. Lafond».

Surnommé «Bass», Beauchamps a aussi été observé à quelques reprises par les policiers de Montréal en compagnie de plusieurs grosses pointures des gangs de rue et de la mafia italienne, en 2012.