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Année difficile en Bourse pour le Québec inc. en 2018

Sylvain Larocque - Agence QMI

GEN-AVIONS-AÉROPORT-DORVAL

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Le Québec inc. a connu une année 2018 difficile. L’indice des 30 plus grandes entreprises d’ici cotées en Bourse, l’IQ-30, a baissé de plus de 12 %. Le recul a toutefois été un peu moins prononcé que celui des géants de la Bourse de Toronto.

L’indice phare de la Bourse de Toronto, le S&P/TSX, a chuté de 14 % depuis le début de l’année. Aux États-Unis, les trois grands indices — le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq — ont cédé de 8 à 10 %, surtout en fin d’année.

Prise de profits

L’indice québécois a légèrement moins plongé que celui du Canada tout entier parce qu’il n’est à peu près pas exposé au secteur pétrolier, qui a souffert de la baisse des cours du brut et de difficultés liées à l’exportation. Le sous-indice de l’énergie de la Bourse de Toronto a dégringolé de plus de 30 % en 2018.

«Bien sûr, il reste certains problèmes non résolus, mais dans l’ensemble, les indicateurs économiques sont au vert au Québec», souligne l’expert financier Michel Nadeau.

«Après neuf années, il était normal de voir une prise de profits et peut-être un certain essoufflement, ajoute-t-il. Les marchés sont inquiets et les investisseurs se protègent en vendant une partie de leur portefeuille pour aller en liquidités.»

Parmi les grandes entreprises québécoises cotées, Transat est celle qui a connu la pire année en Bourse avec une chute de 50 % tandis que Québecor et CGI sont celles qui ont le mieux performé avec des gains de 16 % (voir tableau en balcon).

Changement de la garde

L’année a aussi été marquée par des changements à la tête de plusieurs entreprises québécoises. Ainsi, après 40 ans pour l’Industrielle Alliance et 18 ans à la tête de l’assureur de Québec, Yvon Charest a cédé sa place à Denis Ricard en septembre.

Chez Cogeco, le fils du fondateur de l’entreprise de télécommunications, Louis Audet, qui était en poste depuis 1993, a remis les rênes à Philippe Jetté. Le fondateur du groupe de restauration MTY, Stanley Ma, a causé la surprise en annonçant sa retraite. Il a 70 ans.

La transition a été encore plus brutale aux commandes du Canadien National, où Luc Jobin a été remercié pour cause de mauvais résultats après moins de deux ans en poste. Il a été remplacé par Jean-Jacques Ruest, qui était vice-président au sein de l’entreprise ferroviaire depuis 1996.

Ménage

Des entreprises en ont aussi profité pour faire du ménage en 2018. Bombardier a vendu pour plus de 2,3 milliards $ d’actifs, dont les avions à hélices Q Series et l’aéroport de Downsview, en Ontario.

De son côté, la Banque Laurentienne a cédé pour un demi-milliard de dollars de prêts agricoles à la Banque Nationale. Enfin, Desjardins a annoncé l’abandon des activités de la Banque Zag, active au Canada anglais, sept ans après en avoir fait l’acquisition.

Pour M. Nadeau, il est logique de se départir d’actifs secondaires alors que les marchés sont encore en santé.

Pendant l’été, Pierre Marcouillier a toutefois décidé de vendre pour près de 2 milliards $ la totalité de son entreprise, le fabricant de chenilles et de pneus Camso, au géant français Michelin.

La transaction lui a permis d’encaisser près de 200 millions $ tandis que la Caisse de dépôt et le Fonds FTQ ont empoché ensemble plus de 1 milliard $.

Acquisitions

Le géant des produits laitiers Saputo a quant à lui réalisé en 2018 l’une des plus importantes acquisitions de son histoire en mettant la main sur l’entreprise australienne Murray Goulburn pour 1,3 milliard $.

Le spécialiste de la musique en ligne Stingray a quant à lui fait son entrée dans le secteur de la radio avec l’achat de Newfoundland Capital, qui exploite une centaine de stations dans sept provinces, pour plus de 500 millions $.

Sans oublier la chaîne de supermarchés Metro, qui a conclu en mai l’acquisition du réseau de pharmacies Jean Coutu pour 4,5 milliards $.

Bombardier

Le géant industriel québécois a eu une autre année mouvementée en 2018. Le PDG Alain Bellemare a une fois de plus indigné la population en annonçant un licenciement massif de 5000 salariés, dont 2500 au Québec. Quelques mois plus tôt, on avait appris que sa rémunération avait bondi de 12 % pour friser les 14 millions $, un nouveau record. Le mois dernier, l’AMF a ouvert une enquête sur des ventes secrètes d’actions par les dirigeants juste avant la publication de mauvais résultats. L’année aura aussi été celle où Bombardier aura accéléré son abandon de l’aviation commerciale avec la cession de la C Series à Airbus, la vente des appareils Q400 à Viking Air et la remise en question des jets régionaux CRJ.

CAE

Le leader mondial des simulateurs de vol et de la formation d’équipages en aviation a annoncé cette année la plus importante acquisition de son histoire de plus de 70 ans. CAE mettra la main sur la division de formation pour l’aviation d’affaires de Bombardier pour plus de 1 milliard $, une transaction financée en partie par le Fonds de solidarité FTQ. L’entreprise montréalaise pourra ainsi élargir son bassin de clients avec les propriétaires de plus de 4800 jets d’affaires Learjet, Challenger et Global construits par Bombardier. La clôture de la transaction doit avoir lieu d’ici la fin mars.

Metro

L’épicier québécois a connu une impressionnante fin d’année alors que son titre boursier a avancé de plus de 10 % depuis novembre. Les marges dans le secteur de l’épicerie demeurent stables alors que Metro peut maintenant compter sur les revenus du Groupe Jean Coutu acheté l’an dernier. Avec l’acquisition de Jean Coutu, Metro prévoit toujours atteindre des synergies de 75 millions $ d’ici trois ans. Au dernier trimestre, Metro dit avoir dégagé 6,6 millions $ de synergies. Metro a l’intention d’augmenter l’offre alimentaire dans le réseau des pharmacies Jean Coutu. Des boîtes de repas prêts-à-cuisiner pourraient bientôt y faire leur apparition.

SNC-Lavalin

Les dirigeants de la firme d’ingénierie montréalaise se souviendront longtemps du 10 octobre. Ce jour-là, l’action de SNC-Lavalin a plongé de 14 % en raison de la décision du gouvernement fédéral de ne pas lui permettre de conclure une entente à l’amiable pour régler les accusations de fraude et de corruption déposées contre l’entreprise en 2015 pour des agissements commis en Libye. Fait rarissime dans le monde canadien des affaires, SNC devra donc se défendre en cour en 2019. L’ex-PDG Pierre Duhaime devra aussi faire face à la justice l’an prochain pour son rôle présumé dans le scandale du CUSM.

Alimentation Couche-Tard

Le géant québécois du dépanneur, Couche-Tard, a connu une année en dents de scie. En mars dernier, son titre boursier a perdu plus près de 20 % en quelques semaines avant de remonter la pente en cours d’année. Plusieurs analystes se sont inquiétés que les profits de Couche-Tard soient si exposés aux fluctuations des cours du pétrole alors que 70 % de ses revenus proviennent de la vente d’essence. Couche-Tard, qui compte plus de 16 000 dépanneurs (dont 9943 en Amérique du Nord), prévoit ouvrir 200 nouveaux dépanneurs annuellement en plus des achats potentiels. Le marché américain serait rempli d’acquisitions potentielles : les chaînes comme Couche-Tard n’y contrôlent que 37 % des dépanneurs, selon Bloomberg. À suivre en 2019.

Saputo

Le géant québécois de la transformation laitière, Saputo, a soif de croissance. Or, cet appétit pour l’expansion ne s’est pas traduit sur son titre boursier en 2018, qui s’affiche en baisse depuis le début de l’année. Saputo dit être à la recherche d’acquisitions potentielles aux États-Unis, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Au dernier trimestre, Saputo a reconnu que la baisse des prix sur les marchés des ingrédients laitiers et du fromage ainsi que la hausse des coûts liés à l’entreposage, à la logistique et au transport avaient eu une incidence négative sur ses résultats. En revanche, les revenus de Saputo ont crû de 18,6 %, à 3,4 milliards $, en raison de l’apport des récentes acquisitions comme l’entreprise australienne Murray Goulburn Co-Operative. Saputo a acquis Murray Goulburn Co-Operative pour 1,29 milliard $ en avril dernier.

Aimia

La descente aux enfers de l’entreprise montréalaise qui gère le programme Aéroplan d’Air Canada s’est poursuivie en 2018. En fait, son avenir est plus incertain que jamais. L’an dernier, Air Canada avait fait chuter l’action d’Aimia en annonçant son intention de lancer son propre programme de fidélisation. Cette année, la compagnie aérienne a de nouveau joué les trouble-fête en rachetant Aéroplan à Aimia pour 450 millions $, soit beaucoup moins que la valeur attribuée au programme par les investisseurs quelques mois plus tôt. L’entreprise se retrouve ainsi sans actif substantiel, d’autant plus qu’elle a vendu en février sa filiale britannique Nectar, également à perte.

CGI

Rien ne semble vouloir arrêter le géant québécois des technologies de l’information, CGI. En 2018, l’action de CGI a gagné près de 20 %. La recette de CGI demeure inébranlable alors que l’entreprise fondée dans la région de Québec en 1976 par Serge Godin a célébré récemment ses 20 ans de présence à la Bourse de New York. CGI compte maintenant 74 000 professionnels à son service dans 40 pays et un chiffre d’affaires annuel de 11,5 milliards $. Au 30 septembre 2018, le carnet de commandes de CGI atteignait 22,6 milliards $, en hausse de 1,8 milliard $ par rapport à la même date l’an dernier.