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Les proprios du Brigantin sont forcés de fermer

Dominique Lelièvre

Annie T. Roussel/Agence QMI

C’est avec le cœur gros que les propriétaires du restaurant Le Brigantin serviront leurs derniers clients aujourd’hui dans le Vieux-Port de Québec. Après avoir passé environ 20 ans à opérer l’établissement, le couple, épuisé par le manque de main-d’œuvre, a décidé de fermer boutique.

Les restaurateurs, qui cumulent des décennies d’expérience dans l’industrie, ne se souviennent pas d’avoir vécu une pareille pénurie de travailleurs qualifiés.

«Les deux dernières années, ç’a été l’horreur», affirme Maurice Simard, copropriétaire.

Depuis environ un an, le bistro de la rue du Sault-au-Matelot cherche un chef cuisinier, une personne de confiance qui saurait honorer et protéger le savoir-faire culinaire de la maison. Pas un CV n’a été reçu pour ce poste. «Zéro», lance M. Simard.

Faute d’avoir pu recruter un chef, c’est sa conjointe, Caroline Jean, qui tient les rênes de la cuisine depuis le mois de février. Les semaines chargées de l’été ont laissé des traces, elle qui a «travaillé souvent six jours par semaine, presque tout le temps dix, douze heures [par jour]». Parfois quatorze heures, précise-t-elle.

Question de santé

La «gestion des ressources humaines» a fait mal aussi. Les employés fiables et loyaux sont devenus une denrée rare, remarque-t-elle, échaudée par plusieurs démissions qui sont survenues en plein service et sans préavis. Le couple considère pourtant qu’il a toujours offert de bonnes conditions à son personnel.

«À travailler comme ça, dans ces circonstances-là, on va y mettre notre santé. [...] C’est comme si le stress avait dépassé le plaisir», se désole la femme de 53 ans.

Les complices se sont même surpris, parfois, à craindre les journées estivales achalandées, lors de l’arrivée des navires de croisière par exemple. Des moments qu’ils savouraient autrefois, lorsqu’ils pouvaient compter sur une équipe adéquate.

«T’espères qu’il va mouiller, ce n’est pas normal !», s’indigne M. Simard.

Décision difficile

N’eût été la pénurie de main-d’œuvre, le restaurateur de 66 ans croit qu’il aurait été «encore bon plusieurs années». D’ailleurs, l’établissement du Vieux-Port ne manque pas de clients.

D’ordinaire causeur et pince-sans-rire, Maurice Simard manque de mots et étouffe quelques larmes quand il songe à la fermeture imminente de son restaurant et à ses clients qui sont devenus «des amis».

«Ça nous fait de quoi, finit-il par lâcher en entrevue. Je vais faire autre chose, mais j’aimais ça.»

Il précise sa pensée : «Je ne suis pas obligé de le vendre. Mais je suis obligé dans un sens. Je ne veux pas revivre ce qu’on a vécu.»

Les propriétaires ont en quelque sorte bouclé la boucle de leur aventure, hier soir, lorsqu’ils ont reçu au bistro plusieurs de leurs anciens employés.

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