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Une solidaire, version La Bolduc

Patrick Bellerose | Journal de Québec

Simon Clark/Agence QMI

Contrairement à l’image véhiculée sur les élus de Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien aime chasser l’orignal et milite pour l’implantation d’un abattoir bovin dans sa circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue.

«Je suis une grande nostalgique, je pense que je ne suis pas née à la bonne époque, dit la jeune femme de 27 ans, qui vit près de Ville-Marie au Témiscamingue. Il y a 100 ans, chaque village avait sa laiterie, sa petite beurrerie, son moulin. On consommait beaucoup les produits locaux.»

C’est notamment pour défendre cette notion du terroir québécois, face à la mondialisation, qu’elle a fait le saut en politique.

À son premier jour à l’Assemblée nationale, Émilise Lessard-Therrien a d’ailleurs pris la parole devant les Producteurs de grains du Québec pour dénoncer la concurrence internationale et le phénomène de l’accaparement des terres auxquels les fermiers québécois font face.

Sortir de la ligne orange

Pour la première fois de son existence, Québec solidaire a fait élire, le 1er octobre dernier, des députés issus de l’extérieur de Montréal, ce qui viendra forcément brasser les idées au sein de la formation.

«C’est clair que ça va donner lieu à d’autres discussions, d’autres façons de voir les choses», dit Émilise Lessard-Therrien.

Par exemple, elle souhaite que Québec permette la création d’un abattoir pour le bœuf au Témiscamingue, une idée qu’on associe difficilement à Québec solidaire.

«L’absence d’un abattoir est vraiment un frein au développement des entreprises agricoles et à l’agrotourisme dans la région. On ne peut pas consommer cette viande-là localement», plaide la députée.

Ours et orignal

De la même façon, Émilise Lessard-Therrien aime chasser l’original et a déjà abattu un ours noir. «On a mangé la viande et la fourrure est sur mon lit, souligne-t-elle. Mais je me dis : on mange de la viande, il faut assumer.»

Dans le débat entre végétariens et locavores, Émilise Lessard-Therrien a choisi son camp.

«Tu ne sais pas dans quelles conditions environnementales les avocats, les raisins ou les noix de coco sont cultivés, fait-elle remarquer. J’aime mieux manger de la viande du coin, manger mes poulets qui ont été élevés en liberté.»

Mère d’une petite fille de 15 mois, Émilise Lessard-Therrien admet avoir un peu de difficulté à laisser son enfant derrière elle quand vient le temps de prendre l’avion pour Québec chaque semaine.

Signe que les temps ont changé, c’est papa qui s’occupe de la petite durant la semaine, pendant que maman siège au Parlement.

Allaiter au Salon bleu

D’ailleurs, Émilise Lessard-Therrien n’écarte pas l’idée d’allaiter au Salon bleu si elle donne naissance à un second enfant durant son mandat.

Elle dit s’inspirer de la députée fédérale Christine Moore, qu’on a vue siéger avec son enfant dans les bras à la Chambre des communes, et à qui elle a demandé conseil avant de faire le saut en politique.

«Je pense qu’il faut montrer que cette conciliation est possible», explique-t-elle.

Grande cinéphile, la députée solidaire se reconnaît un peu dans le personnage de La Bolduc, qui a fait l’objet d’un film récemment.

La célèbre chanteuse a fait avancer la cause féministe par ses actions, en plus d’être la voix de ses concitoyens, souligne Émilise Lessard-Therrien.

«Elle était très collée sur la réalité de ses concitoyens, dit-elle. C’était une voix populaire qui s’élevait au-dessus des masses.»