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Denis Bernard : «Je vis mes plus belles années»

Jordan Dupuis

Denis Bernard

Le Journal de Québec

Dès janvier, sur Club illico, Denis Bernard jouera les mafieux italiens dans la série «Appelle-moi si tu meurs», qui se veut un beau mélange de drame et d’humour noir. À 61 ans, il exerce son métier d’acteur avec toujours autant de plaisir, mais avec un nouveau lâcher-prise. C’est au Théâtre La Licorne, dont il a été le directeur artistique durant 10 ans, que nous avons échangé sur ce nouveau rôle, mais aussi sur sa grande complicité avec Claude Legault, son partenaire de jeu. 

Denis, bientôt, on pourra te voir dans «Appelle-moi si tu meurs». Tu dis que ton rôle de mafieux t’emmène dans une zone où tu n’es pas allé souvent. Que veux-tu dire? 

À ma sortie de l’école de théâtre, j’ai souvent joué les jeunes premiers. Ensuite, à la télévision, on m’a beaucoup vu dans un certain type de rôle, par exemple celui du quinquagénaire séduisant. Mais aujourd’hui, je ne suis plus là. Avec cette série, je suis dans une autre zone, moins dans l’image. Ce rôle de Mario Vietti, un mafieux de Saint-Léonard né d’un père québécois et d’une mère italienne, est truculent! C’est un vrai plaisir à jouer! J’ai l’impression très forte de respirer à pleins poumons avec ce rôle. Avec Mario, j’ai l’âge que j’ai, avec le physique que j’ai, et je sens que tout mon bagage d’acteur me sert. Le fait de jouer ce personnage m’apporte un lâcher-prise que j’ai envie de transposer dans tout. À 61 ans, je veux d’abord me faire plaisir à moi-même en jouant. Mes plus belles années, je les vis présentement. J’ai du gros «fun»! 

On décrit la série comme un mélange de drame et d’humour. Es-tu à l’aise dans ce registre? 

J’adore l’humour noir et déjanté! J’aime quand c’est caustique. Même en humour, tout part d’une seule chose: la vérité dans le jeu. L’histoire d’«Appelle-moi si tu meurs» est un peu comme celle de Roméo et Juliette avec les Capulet et les Montaigu, mais axée sur une relation d’amitié. Une amitié entre deux hommes que la vie a séparés, mais qui font tout pour rester ensemble. La série a aussi un petit côté «Sopranos» délicieux avec son humour noir. 

Tu partages l’écran avec Claude Legault, avec qui tu sembles avoir une connexion particulière et très forte. Qu’est-ce qui vous lie? 

Notre rencontre a été percutante et déterminante pour moi. J’aime l’intégrité de cet homme, son honnêteté, sa fidélité et sa vision du monde. Il répond en tout à ce que j’aime d’une personne et d’un acteur. De plus, il garde toujours la tête froide par rapport au vedettariat. Tout cela se cristallise dans le lien qu’on a au travail. J’adore sa façon de travailler. Il a de l’humour et une certaine délinquance, mais on est constamment en train de travailler. Sa franchise dans ses rapports me réconforte. 

C’est étrange, on dirait que tu décris ta relation d’amitié entre vos deux personnages! 

(Rires) Oui, en effet, on vit la même chose que nos personnages, et ça se ressent dans les images qu’on a tournées! 

À 61 ans, es-tu à l’aise avec le fait de vieillir à l’écran? 

Ce qui est agréable, c’est qu’on laisse aller certaines choses avec le temps. Je le vis complètement. J’ai toujours eu énormément de difficulté à me regarder à l’écran. Je n’aime pas ce que je vois. Ce n’est pas simple de se voir en gros plan, sous la loupe. Mais avec ce rôle, je m’en fous. C’est un véritable travail de lâcher-prise et c’est peut-être pour ça que j’ai tant de plaisir à le faire. Ce que je vis en ce moment me comble totalement. 

Après avoir assuré la direction artistique du Théâtre La Licorne durant une décennie, tu as annoncé ton départ cet automne. Pourquoi partir alors que ça va si bien? 

Justement, car ça va bien! C’est le temps de faire un peu de ménage. Le théâtre a besoin d’air frais. J’ai foutu un joyeux bordel à La Licorne, et ça marche. Mais là, il faut travailler à préciser et à peaufiner tout cela. Quand j’ai pris les rênes du théâtre, je me suis promis que j’allais y être 10 ans. C’est une course à relais essentielle pour le théâtre. 

Tu es le père d’un garçon de 33 ans et d’une fille de 20 ans. Comment décrirais-tu ta relation avec tes enfants, maintenant qu’ils sont devenus des adultes? 

Notre relation est formidable! Je suis si fier d’eux. Un souper avec eux, c’est un souper avec des adultes qui ont une belle maturité et qui reflètent les valeurs que je leur ai transmises. C’est beau à voir. J’aime ce rapport adulte que j’ai avec eux, sans devoir mettre des gants blancs. 

Denis sera en vedette dans «Appelle-moi si tu meurs», une série signée Claude Legault et Pierre-Yves Bernard, qu’on pourra voir dès janvier en exclusivité sur Club illico.