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Violence conjugale: elle a frôlé la mort

Simon-Pier Ouellet | Journal de Montréal

COLLABORATION SPÉCIALE, SIMON-PIER OUELLET

Plus de 15 ans après avoir frôlé la mort, victime d’un conjoint agressif et dangereux, une Gatinoise craint encore pour sa vie, mais trouve sa raison de vivre en aidant d’autres femmes battues.    

En sortant de sa voiture pour rejoindre le point de rencontre pour l’entrevue, Maureen Fisher prend une pause et regarde derrière elle. Un cycliste traverse la rue. Son ancien conjoint qui a failli la tuer aux débuts des années 2000 a l’habitude de circuler en vélo.    

«Je sais qu’une autre attaque va survenir. Je ne sais juste pas quand», raconte la femme aujourd’hui âgée de 46 ans.    

Pendant de nombreuses années, il y a plus de 15 ans, Maureen Fisher a été la victime de son conjoint narcissique et manipulateur qui lui a fait vivre un véritable cauchemar.    

En 2002, alors que la dame séjournait dans un refuge pour femmes battues, le téléphone a sonné. Un homme parlant en anglais demande à lui parler. Croyant qu’il s’agissait de son père, elle prend le combiné. Mais c’était en fait de son conjoint.    

«Comment a-t-il fait pour me retrouver? Je n’en revenais pas», se rappelle-t-elle.    

Après une courte discussion, elle convient d’aller le rencontrer au domicile familial avec une amie. Dès qu’elle arrive, l’homme s’est empressé de courir à l’extérieur pour s’emparer du véhicule. Il a foncé directement sur elle dans l’entrée.    

«Je me suis retrouvée au sol. J’étais certaine de mourir», raconte-t-elle encore émue.    

Couteau à la gorge    

L’homme a d’abord été accusé de tentative de meurtre, mais il a été reconnu coupable de conduite dangereuse causant des lésions. Il a finalement été condamné à une peine de 18 mois au centre Mélaric pour soigner sa dépendance à l’alcool.    

Pendant cette thérapie, l’homme s’est sauvé du centre afin de débarquer chez elle en soirée pour surprendre elle et son fils.    

«Il s’est empressé de débrancher le téléphone, a mis un couteau à ma gorge et a dit: ‘‘si tu cries vous êtes tous morts‘‘», raconte-t-elle.    

La femme sera ensuite violée, puis séquestrée dans sa demeure pendant plusieurs heures.    

«Pour sauver ma vie et celle de mon fils, j’ai décidé de jouer le jeu. Je l’ai convaincu de retourner à Mélaric en lui disant que ça reviendrait comme avant, qu’on serait une famille», dit-elle.    

Elle a fait la route jusqu’à Saint-Jérôme avec lui et son fils assis à l’arrière. Mais l’homme a réalisé soudainement qu’il était en train de se faire manipuler.    

«Il a accéléré. J’ai essayé de sauter, mais il me tenait par les cheveux. Mes jambes flottaient à l’extérieur de la voiture».    

La dame a finalement réussi à sauter de la voiture pour sauver sa peau. L’homme a été arrêté par la suite, alors qu’il tentait de s’enlever la vie dans la voiture.    

Souffrance    

Maureen Fisher souffre encore physiquement de ces violentes attaques. Elle doit notamment se déplacer avec une canne à l’occasion.    

Mme Fisher raconte avec beaucoup de courage cet épisode lourd de son passé, sans broncher. Le seul moment où elle prend une pause, en ayant les larmes aux yeux, est quand vient le temps de parler de son fils.    

«Mon fils a été détruit par cette enfance. Son développement a été affecté», se désole-t-elle.    

Maureen Fisher doit en quelque sorte sa vie à son fils. Un soir, alors que celui-ci était âgé de 6 ans, une chicane avec son conjoint a mal tourné. Elle a été étranglée pendant de longues minutes.    

«J’avais des bulles dans les yeux. Mon fils au sous-sol a entendu un bruit. Il avait peur, mais il est monté. Il a sauté sur son père et s’est mis à crier très fort. J’ai été sauvée.»    

Son fils souffre aujourd’hui de problèmes de santé mentale et a des problèmes avec la justice. Elle croit que tout est relié à son enfance difficile.    

«Les palais de justice, c’est mon deuxième cauchemar», dit Mme Fisher.    

Conférence    

La dame en a long à dire sur son expérience des 20 dernières années avec la justice. Elle dit ne pas avoir reçu toute l’aide et l’accompagnement qu’elle aurait souhaité.    

Elle donne aujourd’hui des conférences à de futurs intervenants sociaux.    

«Je leur dis que s’ils n’ont pas de compassion pour les victimes, ne faites pas ce métier. Dans ce milieu, tu rencontres différentes personnes et il ne suffit que d’un mauvais intervenant ou policier pour te détruire.»    

Maureen Fisher trouve donc sa force de vivre en aidant d’autres femmes victimes de violence conjugale. Elle tente de les accompagner et de les appuyer du mieux qu’elle peut.    

«Il n’y a personne de mieux placé que moi pour les comprendre et avoir de la compassion».    

Même si son parcours a été difficile et qu’elle croit que le système a échoué dans son cas, elle incite les femmes à dénoncer.    

Maureen Fisher sait que son ancien conjoint a maintenant retrouvé sa liberté après quelques années de prison. Elle n’a toutefois pas l’intention de se sauver de Gatineau.    

«Je ne veux pas m’isoler. C’est ce qu’il souhaiterait. Je préfère être ici avec ma famille et mes amis.»    

Elle craint encore d’être victime d’une attaque. Pendant de nombreuses années, elle a reçu des lettres de menaces de mort de sa part. L’an dernier, elle a obtenu une ordonnance du tribunal pour que l’homme n’entre pas en contact avec elle ou son fils. Elle croit toutefois que le système devrait mieux protéger les victimes.    

«On devrait imposer aux hommes violents un bracelet électronique. Ce serait plus réconfortant qu’un simple petit bout de papier qui l’interdit de me contacter.»