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Le cardinal Barbarin nie avoir couvert des actes pédophiles

Agence France-Presse

Le cardinal français Philippe Barbarin, jugé depuis lundi pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs, s'est fermement défendu d'avoir couvert des abus perpétrés entre 1986 et 1991 par un prêtre de son diocèse de Lyon (centre-est) sur de jeunes scouts.

«Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles», a assuré l'archevêque de Lyon dans une déclaration lue devant les juges du tribunal correctionnel.

«Je ne vois pas de quoi je suis coupable», a-t-il ajouté, affirmant avoir «agi» notamment en incitant la première personne à avoir porté plainte contre le père Bernard Preynat à trouver d'autres victimes afin de lancer une procédure judiciaire.

Le cardinal de 68 ans et cinq anciens membres du diocèse comparaissent jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé à la justice des agressions sexuelles commises par le père Preynat sur de jeunes scouts de la région lyonnaise entre 1986 et 1991. Le prêtre de 73 ans, mis en examen en 2016, pourrait pour sa part comparaître devant la justice cette année.

Le pape François, lors de ses voeux lundi au corps diplomatique au Vatican, a souligné que les violences sexuelles sur mineurs étaient «l'un des crimes les plus vils», et que l'Église catholique s'engageait «à combattre et à prévenir de tels délits et leur dissimulation» lorsqu'ils étaient le fait d'ecclésiastiques.

Les personnes jugées encourent trois ans de prison et 45 000 euros d'amende. Deux d'entre elles, Mgr Barbarin et Régine Maire, l'ex-responsable lyonnaise de la cellule d'écoute des victimes de prêtres pédophiles, sont également poursuivis pour «omission de porter secours».

Le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite en août 2016, mais des victimes ont alors eu recours à une citation directe, procédure qui permet, en présence d'éléments suffisants de preuve, de faire directement passer en procès l'auteur d'un délit.

Le cardinal espagnol Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome, était aussi poursuivi, mais le Vatican a opposé son immunité.

Depuis que l'affaire a éclaté en 2015, le cardinal de Lyon avait déjà nié les faits, en reconnaissant des erreurs d'appréciation et en demandant pardon aux victimes des prêtres pédophiles.

Dénonçant un «procès spectacle», l'un des avocats de la défense, Me Xavier Vahramian, a considéré que l'objectif des neuf plaignants était «de prendre l'opinion à témoin».

Dans les années 2000, Mgr Barbarin avait eu connaissance de faits anciens d'agressions sexuelles, «des rumeurs» selon ses mots, qui l'ont conduit néanmoins à rencontrer le père Preynat en 2010. Le prêtre lui jura alors n'avoir jamais recommencé.

«N'avez-vous pas appris qu'on n'est jamais très sûr quand un pédophile dit qu'il ne recommencera plus ?», interroge la présidente du tribunal, Brigitte Vernay.

«Tout le monde me reproche de l'avoir cru», répond Mgr Barbarin. Mais «on n'a pas trouvé de fait incriminable après», ajoute-t-il.

Les plaignants lui reprochent en effet d'avoir maintenu le père Preynat au contact d'enfants jusqu'en septembre 2015, après qu'un ancien scout eut porté plainte contre le prêtre.

Les deux hommes s'étaient pourtant rencontrés en novembre 2014: «jusqu'alors je n'avais jamais entendu pareil récit», assure l'archevêque, qui transmit alors au Vatican le témoignage de cette victime, Alexandre Hezez. La réponse ne tarda pas: il fallait écarter le prêtre.

«Eh bien ça c'est facile, pourquoi vous ne le faites pas ?» tout de suite, poursuit la présidente. Parce qu'il fallait «éviter le scandale public», rétorque le prélat. «J’ai fait exactement ce que Rome m'a demandé» en différant de quelques mois sa mise à l'écart pour ne pas attirer l'attention, a-t-il affirmé.

La magistrate s'étonne aussi que le dossier du père Preynat, retrouvé dans les archives du diocèse, ait été «léger» et que rien n'ait été trouvé à son sujet dans un «coffre-fort» de l'officialité, où siègent les juges canoniques de l'archidiocèse.

Pour elle, «cela ne fait qu'alimenter le doute» sur les silences de l'Église lyonnaise: or, «n'est-ce pas le pape lui-même qui dit que la dénonciation s'impose à chaque fois que des faits sont connus?».

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