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Une dispute pour un banc paralyse trois lignes du métro

Francis Pilon et Yves Poirier | Agence QMI et TVA Nouvelles 

Une banale dispute entre deux hommes au sujet d’un banc de métro serait à l’origine de l’altercation au poivre de Cayenne qui a paralysé trois lignes pendant l'heure de pointe mercredi matin, affectant des dizaines de milliers de voyageurs.

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Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a ouvert une enquête dans ce dossier, ne peut toutefois pas confirmer ou infirmer cette information. Le suspect est toujours recherché.

«Il est passé devant moi et puis "Push! Push! Push!". Ça brûlait le visage», a raconté Réginald Joseph à sa sortie de l’hôpital. L’itinérant explique que son agresseur et lui ont eu une prise de bec concernant l’utilisation d’un banc à la station de métro Champ-de-Mars, avant de se faire poivrer.

Urgences-santé a confirmé que huit personnes ont été incommodées par le poivre. Deux ont été envoyés à l’hôpital et six ont été traités sur place.

Réseau paralysé

L’intervention des services d'urgence pour évacuer le poivre de Cayenne du système de ventilation a entrainé une interruption de service mercredi matin, entre 8 h 30 et 9 h, sur la totalité de la ligne jaune, ainsi que sur une partie des lignes orange et verte du métro.

En tout, 35 % du réseau du métro de Montréal a été affecté, soit 24 stations.

«En raison de la proximité avec [la station] Berri-UQAM, il était nécessaire d'interrompre le service sur les lignes orange, verte et jaune pour permettre la ventilation d'urgence et ainsi éviter la propagation», a précisé la Société de transport de Montréal (STM).

Cette dernière a invité ses clients à utiliser les autobus du centre-ville pendant l’interruption. De son côté, le service de train de banlieue EXO a accepté les titres de la STM à l’intérieur de son réseau jusqu’à 10 h en matinée.

Le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb, a reconnu qu’il y a toujours place à l’amélioration, alors que des clients se seraient plaints de ne pas avoir été bien informés de la situation, notamment parce qu'ils n'entendaient pas les messages sur les quais.

La STM est incapable de préciser combien d’individus ont été affectés par l’événement de mercredi. Toutefois, on indique qu’il y a en moyenne 300 000 personnes qui prennent le métro dans tout le réseau pendant l’heure de pointe matinale, soit entre 6 h et 9h.

Autre attaque en 2017

En décembre dernier, un Montréalais qui a paralysé le métro en pleine heure de pointe en aspergeant un usager de poivre de Cayenne a écopé de l’étiquette peu enviable de «délinquant à contrôler» et d’une peine de 45 mois de prison.

Émile Yombo, 29 ans, avait commis son crime à l’été 2017, à la station Berri-UQAM. À cette époque, il avait aperçu un homme avec qui il s’était disputé la veille. Mécontent, il l’avait aspergé de poivre de Cayenne sur le quai, puis dans un wagon.

Quelques jours plus tôt, il avait fait de même avec un employé dans un café puisque ce dernier avait refusé de lui donner de la glace pour mettre dans un verre plein d’alcool. Il avait aussi aspergé un homme dans un parc et un commis dans un restaurant Subway.

Le poivre de Cayenne, illégal contre les humains, mais pas contre les animaux

Il est interdit de porter sur soi un pulvérisateur de poivre de Cayenne dans le but de se défendre contre autrui, même si on peut trouver des objets du genre en vente libre dans plusieurs magasins.

«Le poivre de Cayenne est considéré comme une arme prohibée en vertu du Code criminel», a affirmé Emmanuel Anglade, sergent-détective au Service de police de la Ville de Montréal.

Le Code criminel indique que «tout dispositif conçu comme moyen de blesser une personne, de l’immobiliser ou de la rendre incapable» par dégagement d’un gaz, d’un liquide ou d’une poudre fait partie des armes prohibées.

Il est toutefois permis d’utiliser – et donc de vendre – de tels objets pour repousser des animaux, par exemple pour se défendre contre un ours lors d’une randonnée en forêt ou contre un chien agressif. C’est pourquoi on peut trouver en ligne ou dans des quincailleries des répulsifs vendus en toute légalité.

L’étiquette du produit et la publicité l’entourant doivent toutefois indiquer spécifiquement que celui-ci est conçu pour être utilisé contre des animaux.

- Camille Dauphinais-Pelletier, avec Francis Pilon, 24 Heures

Pourquoi arrêter trois lignes

Le service a été interrompu sur les trois lignes qui passent par Berri-UQAM puisque cette station se trouve à un arrêt seulement de Champ-de-Mars. Les pompiers voulaient s'assurer de ventiler adéquatement de système s'aération, pour éviter que les mouvements d'air répandent le poivre de Cayenne ailleurs dans le réseau.

Le déplacement de trains provoque un effet de piston et provoque un déplacement d’air entre les stations.

«Si on ne veut pas se retrouver avec du poivre de Cayenne à la station Jean-Drapeau et à la station Mont-Royal, bien, il faut arrêter le métro pour éviter que ça se propage», a expliqué le président du conseil d'administration de la STM, Philippe Schnobb.

-Camille Dauphinais-Pelletier, 24 Heures