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L’environnement un enjeu électoral? Pas si vite!

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Feux de forêt dévastateurs, inondations, fonte des glaciers, disparitions d’espèces animales, difficile d’ignorer les signaux d’alarme sur le front climatique en ce début 2019.

Le fruit semble mûr pour que l’environnement, si souvent négligé, s’impose enfin comme enjttrancheu électoral sur la scène fédérale en 2019.

Selon une étude de la firme de sondages Abacus, 49% des électeurs canadiens refuseront de voter pour un parti qui n’a pas de plan de lutte contre les changements climatiques.

Or, un autre 44% d’entre eux sont «prêts à considérer» un parti qui n’en fait pas une priorité.

L’environnement préoccupe, mais se frappe rapidement aux autres enjeux qui touchent plus directement la vie des gens.

Une arme à double tranchant pour les libéraux

Face à un chef conservateur qui traîne le piètre bilan environnemental de Stephen Harper et qui s’oppose à la taxe sur le carbone, Justin Trudeau a le beau jeu de dépeindre ses adversaires comme des dinosaures.

L’environnement leur est une bonne arme politique, mais une arme à double tranchant.

De nombreux rapports l’automne dernier ont confirmé que, malgré les investissements massifs, malgré la taxe sur le carbone annoncé en octobre, le Canada n’est toujours pas en voie d’atteindre la cible fixée dans le cadre de l’Accord de Paris. Pire, le Canada est loin de faire sa part à l’échelle de la planète. Même la ministre Catherine McKenna a reconnu qu’en 2020, il faudra se doter de cibles plus ambitieuses.

Disons que le gouffre entre le discours vert de Justin Trudeau et la réalité saute aux yeux.

En amenant le débat sur le terrain environnemental, les libéraux prennent un risque.

Justin Trudeau devra convaincre les électeurs que son gouvernement saura enfin être à la hauteur de ses ambitions. Sinon, il risque de cimenter l’image qu’il tient de beaux discours sans jamais aller au fond des choses.

De climato-sceptique à climato-lucide

En fidèle allié du premier ministre de l’Ontario Doug Ford, le parti conservateur a beau mener la charge contre la taxe sur le carbone, il n’a pas pour autant renoncé à convaincre les électeurs de son engagement en faveur d’une transition énergétique au pays.

Andrew Scheer a bien compris qu’en 2019, il doit se débarrasser de l’étiquette de «climato-sceptique» qui colle à son parti depuis l’ère Harper.

D’ailleurs, la base conservatrice n’est pas nécessairement hostile à l’action climatique. Toujours selon Abacus, 85% des électeurs conservateurs croient que le Canada a une obligation morale d’agir, 67% craignent un désastre financier si rien n’est fait.

Pour espérer faire des gains aux prochaines élections, le parti conservateur doit donc offrir un programme environnemental qui se tient. L’entourage d’Andrew Scheer le promet d’ici le printemps.

Le pari ici ne sera pas de convaincre les militants écologistes, mais plutôt de faire la preuve qu’un gouvernement Scheer saurait mettre en place des mesures efficaces. Passer de climato-sceptique, à climato-lucide. Désamorcer surtout les attaques libérales.

Débat partisan, mais non déterminant

Finalement, l’ONU a beau plaider qu’il faut des «changements existentiels» dans notre économie et notre mode de vie pour éviter la catastrophe climatique, combien d’électeurs sont prêts à les envisager ? Et quel parti politique osera les imposer? Poser la question c’est y répondre.

Il est là le paradoxe.

Les électeurs ont beau être conscients de l’ampleur de la crise climatique, ils veulent avant tout être rassurés que leur gouvernement va agir, sans pour autant être prêts à changer radicalement leur mode de vie. Et ça les partis politiques le savent. De quoi limiter sérieusement la portée du débat environnemental en période électorale.

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