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Il photographie sa descente dans l’enfer de l’héroïne

Francis Pilon

 - Agence QMI

Après avoir été accro à ses antidouleurs, dont le fentanyl, pendant une décennie et puis à l’héroïne durant trois années, un Montréalais a décidé de photographier la période la plus sombre de sa vie pour humaniser les toxicomanes et dénoncer le fait que certains médecins agissent comme des «dealers» de drogues.

«Pour moi, quand j’ai touché à la drogue pour la première fois, c’est comme si je savais dans quoi je m’engageais. Mais m’anesthésier, c’était plus important que les conséquences liées au fait de me droguer», a avoué Yannick Fornacciari.

Le jeune homme de 32 ans est aujourd’hui désintoxiqué et sous méthadone depuis une année. Il lancera, à Montréal, son livre autopublié de photos intitulé «Heroin Days» le 17 janvier prochain à la galerie évolutive WIP. L’ouvrage renferme les clichés de sa descente aux enfers avec l’héroïne.

Après avoir goûté à cette drogue une première fois durant un voyage à Amsterdam à 18 ans, M. Fornacciari a toujours recherché la sensation de son premier «buzz».

«Je suis retourné en France après et je n’avais plus accès à l’héroïne, a-t-il affirmé. C’est là que j’ai décidé d’aller voir des médecins pour me faire prescrire des antidouleurs en prétextant des maux de dos. C’était assez facile à l’époque. [...] Les médecins, ce sont des dealers légaux.»

Morphine, oxycodone, codéine, tramadol, fentanyl: voilà quelques-uns des opioïdes d’ordonnance qu’il a réussi à se procurer durant une dizaine d’années par des médecins français d’abord et puis par spécialistes québécois à son arrivée dans la province en 2012.

Incapable d’arrêter

«J’ai essayé d’arrêter un jour. Je me suis mis à vomir et je suis tombé malade. C’est là que j’ai réalisé que j’avais besoin de mes médicaments pour fonctionner normalement», a dit l’ancien toxicomane.

Son monde a basculé au moment où la crise des opioïdes est survenue au Canada et aux États-Unis au milieu des années 2010. Les médecins ont refusé, du jour au lendemain, de lui prescrire des antidouleurs.

«J’ai demandé de l’aide à des médecins au Québec pour ma dépendance, mais aucun ne pouvait m’aider, a-t-il souligné. C’est pourtant eux qui m’ont prescrit les opioïdes durant des mois. Certains m’ont même dit qu’il n’aidait pas les toxicomanes comme moi.»

Yannick Fornacciari s’est ensuite tourné vers la rue pour acheter de l’héroïne et retrouver la sensation vécue une première fois à Amsterdam. Il s’isole alors et flambe tout son argent dans la drogue durant trois années.

La photo est, à ce moment, tout ce qu’il lui reste. C’est ainsi que son projet est né: pour combler le vide de ses journées passées dans la solitude de la consommation.

Au terme d’un long processus de désintoxication, son passé d’héroïnomane est désormais derrière lui. La méthadone, qu’il consomme depuis une année, permet à M. Fornacciari de ne pas ressentir les effets du manque, tout en lui évitant d’être gelé.

«J’espère surtout que mon livre et mon témoignage permettront aux médecins de mieux aider les gens dépendants à l’avenir. Les gens qui se shootent des drogues chaque jour devraient avoir de l’aide immédiate et non des mois d’attente. Je voulais aussi mettre un visage sur la réalité des toxicomanes, montrer le côté humain et pas juste des nombres», a mentionné le photographe.