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La sécurité du transport aérien en question

Cyril Julien | Agence France-Presse

L'impasse budgétaire aux États-Unis et la paralysie d'une partie du gouvernement pourrait avoir de graves conséquences sur la sécurité dans le transport aérien et sur l'économie américaine, s'alarment les syndicats du secteur qui demandent la fin rapide du «shutdown».

Le ministère des Transports, qui assure le contrôle des passagers et des bagages, et le ministère de la Sécurité intérieure, notamment chargé des contrôles aux frontières, sont concernés par la fermeture partielle des administrations faute de financement, qui touche environ 800 000 fonctionnaires depuis le 22 décembre.

Les personnels jugés «non essentiels» ont été placés en congé sans solde, tandis que d'autres travaillent sans assurance de recevoir leur salaire aux échéances normales, souvent tous les quinze jours.

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La fin du «shutdown» «est une question de sécurité et une inquiétude économique», assure l'Association du personnel naviguant (AFA), qui a manifesté jeudi à Washington avec d'autres syndicats du secteur pour demander la réouverture des administrations.

«Nos membres (du syndicat) et les passagers volent dans un système qui est moins sûr et sécurisé tant que le +shutdown+ continue», affirme dans une lettre aux responsables du Congrès l'AFA, qui représente près de 50 000 professionnels.

Elle a mis en garde, en référence aux attentats du 11-Septembre, contre «les difficultés économiques qui peuvent résulter de n'importe quelle faille dans notre sécurité et de n'importe quel moyen utilisé par ceux qui considèrent les États-Unis et leurs citoyens comme leurs ennemis pour leur faire du mal».

Selon l'AFA, l'industrie du transport aérien pèse 5% du PIB américain.

Toute la chaîne du transport aérien souffre de ce «shutdown», pointe le syndicat: «les compagnies aériennes ne reçoivent pas leurs avions, ce qui entraîne des annulations de vols, la fatigue des contrôleurs aériens réduit le nombre d'avions en vol et avec la réduction du nombre d'agents de sécurité, nous allons connaître des longues queues aux postes de contrôle».

L'Association nationale des contrôleurs aériens (NACTA) dénonce pour sa part une crise qui aggrave des conditions déjà difficiles pour ses quelque 20 000 membres. Sous l'effet du «shutdown», le centre de formation des contrôleurs aériens d'Oklahoma City est fermé et les entraînements en simulateur sont interrompus.

«Le blocage des embauches et de la formation va accentuer la crise actuelle des recrutements» et «va détériorer une situation déjà grave», s'inquiète la NACTA.

Le président du syndicat, Paul Rinaldi, évoque des horaires de travail déjà «plus longs et plus durs» avant le «shutdown» pour compenser la baisse des effectifs et avertit de la fatigue des équipes: «Les heures supplémentaires, sous forme de semaines de six jours ou de journées de dix heures sont ainsi devenues monnaie courante dans certains des aéroports les plus fréquentés comme New York, Chicago, Atlanta ou Dallas.»

Quant aux voyageurs, ils commencent à s'inquiéter des longues files d'attente aux points de contrôle, alors que l'Agence fédérale de sécurité dans les transports (TSA) a observé une augmentation des arrêts-maladie chez les agents depuis la fin décembre.

«Même s'il fournissent des services gouvernementaux essentiels, les agents de la TSA font partie des employés fédéraux les moins bien payés», a rappelé le démocrate Bernie Thompson, président de la Commission sur la sécurité intérieure à la Chambre des représentants, dans une lettre récente à la direction de la TSA.

«Il est normal de voir augmenter le nombre d'agents en arrêt-maladie ou qui démissionnent à mesure que le +shutdown+ continue, car personne ne s'attend à ce qu'un salarié travaille indéfiniment sans être payé», a-t-il ajouté.

Il s'est aussi inquiété du risque de voir les contrôles se relâcher «si les délais d'attente et la pression du public augmentent».

La TSA, qui publie des statistiques quotidiennes, a tenu à rassurer le public sur sa capacité à gérer ses effectifs et le flux de voyageurs. Mercredi, le taux d'absentéisme des agents (plus de 51 000) était de 5%, contre 3,6% à la même date début 2018, et 99,9% des passagers contrôlés (1,74 million de personnes) ont attendu moins de 30 minutes.

   

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