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«Gilets jaunes»

Les autorités redoutent un regain de mobilisation

«Plus forte» et «plus radicale»: les autorités françaises redoutent un regain de mobilisation pour le neuvième samedi de manifestations des «gilets jaunes», au grand dam du président Emmanuel Macron qui peine depuis près de deux mois à dénouer la pire crise de son mandat.

La semaine dernière, 50 000 manifestants avaient défilé dans les rues des principales villes françaises, sonnant ainsi le réveil du mouvement qui secoue la France depuis la mi-novembre et qui avait connu un ralentissement en fin d'année.

Ce nouveau samedi de manifestations, qui pourraient se focaliser sur Paris et Bourges (centre), aura valeur de test pour l'exécutif français. Mardi doit commencer le grand débat lancé par le gouvernement français pour tenter de sortir de la crise des «gilets jaunes», ces citoyens de la France rurale et périurbaine mobilisés contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

Le chef de la police nationale, Éric Morvan, anticipe «qu'on puisse revenir à un niveau de mobilisation qui se situe avant les fêtes de Noël». Le 15 décembre, le mouvement avait rassemblé 66 000 personnes partout en France, selon des chiffres officiels régulièrement contestés par les «gilets jaunes».

À Paris, le préfet de police Michel Delpuech s'attend, lui, à «plus de radicalité». «Nous observons semaine après semaine une dérive vers des comportements de plus en plus violents», a-t-il déclaré.

Les rassemblements du 5 janvier avaient été marqués par des violences spectaculaires dans la capitale, entre l'intrusion de manifestants dans un ministère avec un engin de chantier et les images d'un ex-boxeur, Christophe Dettinger, frappant des gendarmes sur une passerelle au-dessus de la Seine.

L'exécutif prévoit un dispositif de sécurité massif, qui retrouve son niveau de la mi-décembre: 80 000 policiers et gendarmes devraient être mobilisés samedi à travers la France, dont 5000 à Paris. La capitale verra également le retour des véhicules blindés à roues de la gendarmerie, rarement utilisés pour le maintien de l'ordre.

En Belgique, où le mouvement des «gilets jaunes» s'est rapidement étendu après son apparition en France le 17 novembre, un homme qui participait à un barrage filtrant sur une autoroute de l'est du pays est mort vendredi soir, renversé par un camion, ont rapporté les médias belges.

À la veille de la nouvelle mobilisation en France, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a lancé un avertissement à ceux qui appellent aux rassemblements et à ceux qui y participent.

«Ceux qui appellent aux manifestations demain savent qu'il y aura de la violence et donc ils ont leur part de responsabilité», a déclaré M. Castaner dans une interview sur Facebook. Et «ceux qui viennent manifester dans des villes où il y a de la casse qui est annoncée savent qu'ils seront complices de ces manifestations-là».

Pour sa part, le président Macron a estimé lors d'une cérémonie au palais de l'Élysée que de nombreux Français n'avaient pas assez le «sens de l'effort», une déclaration que l'opposition a dénoncée comme une provocation envers le mouvement social.

«Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté», a dit M. Macron.

Le regain du mouvement des «gilets jaunes» inquiète les acteurs de l'économie française, notamment dans le secteur du tourisme. Les manifestations violentes ont refroidi nombre de touristes étrangers, avec un repli de 5% à 10% des arrivées aériennes internationales à Paris en décembre.

Du côté de l'exécutif et de la majorité, la gestion sécuritaire de cette journée sera cruciale avant l'ouverture du grand débat lancé par l'exécutif pour répondre à la crise, mais dont la mise en oeuvre a fait l'objet de valses-hésitations de la part du gouvernement.

Un rendez-vous qui s'annonce délicat pour le gouvernement alors qu'une enquête d'un institut français de recherches politiques, le Cevipof, montre que la défiance des Français vis-à-vis des responsables politiques atteint un niveau «alarmant».

La confiance dans le président Macron est ainsi à son plus bas historique (23%), soit 13 points de moins que l'an passé. Et le nombre des sondés qui déclarent qu'ils avaient confiance en lui au départ, mais qu'ils n'ont plus confiance aujourd'hui a doublé en un an, de 13% à 26%, selon le Cevipof.

Paris ne sera peut-être pas le seul épicentre de cette contestation protéiforme qui fragilise le gouvernement depuis près de deux mois.

Une partie des manifestants visent comme d'habitude la capitale, mais une deuxième action de grande ampleur est annoncée à Bourges, dans le centre de la France.

Les autorités locales ont interdit tout rassemblement dans le centre historique de la ville. Une manifestation pacifique doit pouvoir circuler sur les boulevards autour du centre.

Comme lors des précédentes journées d'action nationale, d'autres manifestations sont prévues dans plusieurs villes, ainsi que des blocages.

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