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Ryad «engagé» à ce que les coupables rendent des comptes, selon Washington

AFP

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a bouclé lundi sa tournée au Moyen-Orient par un numéro d'équilibriste en Arabie saoudite, où il assuré avoir obtenu des assurances au sujet du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi tout en réaffirmant l'alliance stratégique avec Ryad.

«Le prince héritier et le roi Salmane reconnaissent tous deux qu'il faut rendre compte» et ils «ont réitéré leur engagement» à ce sujet, a-t-il dit après s'être entretenu avec les deux dirigeants dans la capitale saoudienne.

«Nos attentes sont très claires», a souligné le chef de la diplomatie américaine, évoquant «un engagement continu à poursuivre tous ceux qui sont liés» au meurtre du journaliste saoudien, un critique du régime, le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul.

Le procès de 11 suspects s'est ouvert début janvier en Arabie saoudite et le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d'entre eux. L'administration américaine de Donald Trump a de son côté sanctionné 17 responsables saoudiens.

Cependant, plus de trois mois après les faits, le corps de Khashoggi, qui collaborait avec le Washington Post, n'a toujours pas été retrouvé et des zones d'ombre demeurent, dont l'identité du ou des commanditaires.

Bien que totalement dédouané par les autorités saoudiennes, le prince héritier Mohammed ben Salmane cristallise depuis la réprobation internationale.

Le Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain du président, l'a notamment désigné «responsable» du meurtre après avoir eu accès aux comptes-rendus de la CIA. Et ce alors que l'administration Trump s'évertue, elle, à assurer n'avoir aucune preuve formelle de l'implication de celui que l'on surnomme «MBS».

Sous pression politiquement, Mike Pompeo se devait d'afficher une certaine fermeté.

Lors de sa précédente visite en octobre, au plus fort de l'affaire Khashoggi, ses larges sourires auprès du prince avaient suscité de l'indignation dans la classe politique américaine.

Cette fois, il est apparu plus réservé, affichant un sourire poli.

Surtout, fait rare chez lui, le secrétaire d'État a tenu lui-même à souligner devant la presse qu'il avait évoqué avec les dirigeants saoudiens la question des «droits humains ici en Arabie saoudite» et notamment des «femmes militantes», dont certaines sont en prison.

Mais pas question d'aller jusqu'à critiquer le comportement de «MBS» qui, derrière l'image de réformateur qu'il souhaite projeter, est accusé par plusieurs organisations et observateurs de mener une répression draconienne des voix critiques et de déstabiliser la région par son interventionnisme dans le conflit au Yémen.

«Les Saoudiens sont des amis et, entre amis, on se dit ce qu'on attend les uns des autres», «et donc nous leurs faisons part des sujets sur lesquels nous pensons que le royaume ne fait pas ce que nous aimerions qu'il fasse», a glissé Mike Pompeo.

Mais «les relations des États-Unis sont avec le royaume d'Arabie saoudite, c'est lui notre partenaire avec qui nous avons des intérêts stratégiques partagés», a-t-il ajouté, laissant entendre qu'il ne lui revenait pas de commenter la personnalité de son dirigeant controversé.

L'affaire Khashoggi a affecté le partenariat entre les États-Unis et le royaume sunnite, pilier traditionnel des alliances régionales de Washington, brouillant le message américain au moment où l'administration Trump tente de bâtir une «coalition» contre l'Iran chiite, désignée comme l'ennemi commun.

Le gouvernement américain, qui s'est montré déterminé à préserver cette alliance envers et contre tout, est donc pressé de tourner la page.

Mike Pompeo a énuméré les dossiers régionaux dans lesquels Ryad joue aux yeux de Washington un rôle irremplaçable.

Outre la lutte contre «l'influence néfaste de l'Iran», il a évoqué la dispute entre le Qatar et l'Arabie saoudite, qui fait obstacle à une union contre Téhéran.

Mais aussi la guerre au Yémen, accusant les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, de ne pas respecter l'accord sur une trêve dans la ville portuaire de Hodeida, conclu le mois dernier en Suède sous l'égide de l'ONU.

Il a également cité le retrait américain de Syrie, alors que les États-Unis comptent sur les alliés régionaux comme l'Arabie saoudite pour prendre le relais, notamment financièrement, de leur effort de guerre et de reconstruction.

Après Ryad, Mike Pompeo s'est rendu lundi après-midi à Oman où il s'est entretenu avec le sultan Qabous, qui a reçu en octobre une rarissime visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu - un rapprochement comme Washington voudrait en voir davantage au Moyen-Orient pour consolider sa coalition contre l'Iran.

Le secrétaire d'État a en revanche a annulé une visite prévue mardi au Koweït pour des raisons familiales.

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