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Coupable d’avoir menacé un journaliste, le mafioso Del Balso sera libéré

Éric Thibault | Journal de Montréal

Le mafioso Francesco Del Balso pourra retrouver sa liberté après trois mois de pénitence derrière les barreaux pour avoir menacé un journaliste de notre Bureau d'enquête.

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La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) lui a donné une autre chance, jeudi, mais elle a averti le Lavallois de 48 ans qu'elle est clairement «insatisfaite» du comportement dont il a fait preuve depuis trois ans lors de ses dernières tentatives pour réintégrer la société. 

Del Balso a été forcé de retourner au pénitencier pas moins de quatre fois parce que sa libération d'office — un privilège auquel il a droit depuis qu'il a purgé les deux tiers d'une peine de 15 ans imposée après son arrestation pour trafic de drogue et gangstérisme dans l'opération Colisée de 2006 — lui a été suspendue à chaque reprise. 

«Vieilles habitudes» 

Dans sa décision dont Le Journal a reçu copie vendredi, la CLCC constate que cet ancien homme fort du clan Rizzuto a encore du mal à gérer ses émotions et qu'il a tendance à «retomber dans ses vieilles habitudes» de mafieux intimidant et menaçant dès qu'il est contrarié. 

C'est ce qui s'est produit le 11 octobre dernier lors de sa dernière journée en liberté. 

Il s'était présenté au palais de justice de Drummondville dans l'intention d'obtenir une ordonnance du tribunal visant à empêcher le journaliste Félix Séguin de le contacter. 

Le mafioso était encore aigri par un reportage diffusé un mois plus tôt, dans le Journal et sur les ondes de TVA, faisant état de ses prétendues tentatives d'extorsion dans des pizzérias de Québec. Aucune accusation n'a cependant été portée contre lui. 

Del Balso a d'abord parlé de l'ordonnance recherchée à un procureur et à deux policiers sur place mais ces derniers «ne l'ont pas prix au sérieux», relate la CLCC. 

«Est-ce que je vais devoir m'en occuper moi-même et m'arranger pour qu'il se retrouve dans une boîte», a alors dit Del Balso devant témoins en référence au journaliste, selon la décision de la CLCC. 

Le jour même, les services correctionnels ont ramené Del Balso au pénitencier puisqu'il venait d'enfreindre ses conditions de libération. Et le lendemain, il comparaissait en cour pour répondre à une accusation pour avoir proféré des menaces. 

Frustré 

Il a plaidé coupable le 6 décembre dernier, écopant de 30 jours de prison et d'une probation de deux ans. Del Balso a dit avoir parlé sous le coup de la «frustration» et qu'il «ne pensait pas vraiment» ce qu'il a dit.     

La CLCC l’a sommé de ne pas entrer en contact avec le journaliste Séguin jusqu'à l'expiration de sa peine. 

Les commissaires en ont également profité pour déplorer que ses libérations précédentes ont souvent été entachées par son «manque de transparence» et ses mésententes avec le personnel fédéral chargé de sa supervision.  

Depuis trois ans, lorsqu'il n'est pas incarcéré, Del Balso travaille pour une entreprise de distribution de fruits et légumes.  

Libérations mouvementées  

Ses deux premières suspensions de libération d'office avaient fait suite aux meurtres de ses anciens associés mafieux, Lorenzo Giordano et Rocco Sollecito, tous deux abattus à Laval au printemps 2017. Les autorités avaient alors reçu des informations voulant que Del Balso soit «le prochain sur la liste».  

Puis, le 7 mai 2017, un cagoulard armé et violent s'est présenté en son absence dans sa ancienne maison du quartier Vimont en exigeant de savoir où était Del Balso.  

Les autorités avaient aussitôt ramené l'impulsif mafioso en détention, notamment parce qu'il s'était alors débarrassé de son bracelet électronique muni d'un GPS par lequel le service correctionnel pouvait le suivre à distance.  

Del Balso prétend qu’il a coupé les ponts avec la mafia montréalaise et qu’il entend mener sa vie loin de la criminalité, a rappelé la commission.