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David Lametti vantait des jets militaires

Hugo Joncas | Agence QMI

Le nouveau ministre de la Justice David Lametti (2e à droite), à l’époque secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada, pose devant un GlobalEye construit sur mesure pour les forces émiraties, en compagnie notamment de l’ambassadrice du Canada en Suède Heather Grant et de dirigeants de Bombardier.

Photo tirée de Twitter

Le nouveau ministre de la Justice David Lametti (2e à droite), à l’époque secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada, pose devant un GlobalEye construit sur mesure pour les forces émiraties, en compagnie notamment de l’ambassadrice du Canada en Suède Heather Grant et de dirigeants de Bombardier.

Avant d’être nommé ministre de Justice, David Lametti a fait la promotion d’avions militaires de Bombardier destinés aux Émirats arabes unis, grand allié de l’Arabie saoudite dans la sanglante guerre au Yémen.

Jusqu’au remaniement de lundi, l’élu montréalais était secrétaire parlementaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique. À ce titre, il s’est rendu l’an dernier en Suède pour participer au lancement du GlobalEye, un avion de Bombardier modifié pour la surveillance et la détection de cibles.

La suédoise Saab a conçu cette version militaire du Global Express 6000 sur mesure pour les Émirats arabes unis.

«Félicitations pour le lancement réussi du programme de surveillance aérienne GlobalEye. Je comprends que c’est une étape importante pour Saab et Bombardier», devait-il déclarer selon les notes de breffage transmises au secrétaire parlementaire pour sa visite du 23 février dernier.

«Les forces aériennes des Émirats arabes unis sont le seul client connu avec trois commandes», mentionne le document, qu’a obtenu notre Bureau d’enquête.

Avec l’Arabie saoudite, ce pays participe aux bombardements sur le Yémen qui ont tué plus de 4500 civils depuis 2015, selon les Nations unies. Avec leurs alliés, ces deux nations interviennent au pays pour en chasser les rebelles Houthis, alliés à l’Iran.

Deux semaines avant le voyage de David Lametti en Suède, la ministre des Affaires mondiales Chrystia Freeland expliquait pourtant que son nouveau projet de loi C-47 allait bientôt resserrer considérablement les règles pour l’exportation de matériel militaire risquant d’être utilisé pour violer les droits de la personne.

«Affaires mondiales Canada serait tenu, avant l’exportation d’une marchandise contrôlée, de s’assurer que nous sommes très confiants que cette marchandise contrôlée, une fois exportée, ne sera pas utilisée pour commettre une atteinte aux droits de la personne», disait-elle dans une allocution, le 8 février 2018.

Contrats dénoncés

Des organisations comme Human Rights Watch et Amnistie internationale exigent depuis des années l’arrêt de toute vente d’armes aux Émirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, qui ont bombardé des hôpitaux, des écoles, des marchés, des enterrements et des mariages.

Bombardier, Ottawa et la Suède font tout le contraire, dit un spécialiste des relations militaires canadiennes avec les monarchies du Golfe persique, Anthony Fenton.

«Ils fournissent une capacité aux Émirats arabes unis, qui émergent en tant que puissance militaire régionale, avec des technologies significatives», dit le chercheur, qui étudie les relations entre le Canada et les monarchies du Golfe persique à l’université York de Toronto.

Détection de cibles

Les notes transmises à David Lametti pour sa visite en Suède sont claires : le GlobalEye permet «la détection et le suivi simultanés de multiples cibles dans le ciel, sur terre et en mer».

Les forces émiraties n’ont pas encore reçu leurs premiers appareils, mais Bombardier a déjà livré trois avions à Saab, qui les transforme en appareils militaires pour les Émirats arabes unis.

Si les Émirats arabes unis reçoivent leurs GlobalEye avant la fin de la guerre au Yémen, ils pourront les utiliser dans ce conflit, souligne Antony Fenton, qui collige systématiquement les ventes d’armes aux monarchies du Golfe.

«Ces avions de Bombardier peuvent aussi servir à rassembler de l’information sur les inévitables mouvements sociaux qui risquent d’émerger dans la région, comme lors des printemps arabes de 2011...»

Le cabinet du ministre Lametti a renvoyé nos questions aux Affaires mondiales.

Le porte-parole de ce ministère, Stefano Maron, a répondu par une déclaration générale sans rapport avec nos questions. Le cabinet de la ministre affirme quant à lui que son personnel a pris en considération «l’usage potentiel» des avions émiratis au Yémen avant d’autoriser l’exportation de cette technologie.

Notre Bureau d’enquête a demandé au ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique si son équipe a l’intention de modifier sa politique sur la vente d’équipements militaires aux Émirats arabes unis. Le cabinet de Navdeep Bains n’a pas répondu.

De son côté, le directeur des relations publiques pour Bombardier Avions d’affaires, Mark Masluch, assure que «toutes les ventes d’avions à des gouvernements sont conformes à la législation».

Son partenaire Saab assure agir «selon des lois sur l’exportation strictes relevant du parlement suédois».

L’avion GlobalEye

Construit à partir de jets Global Express 6000 de Bombardier, assemblé à Toronto et conçu à Montréal

Modifié en Suède par Saab pour devenir un avion de surveillance et de détection de cibles dernier cri pour les Émirats arabes unis

Coût approximatif d’un Global Express 6000 : 60 millions $ US

Coût des trois GlobalEye pour les Émirats arabes unis : 1,5 milliard $ US

Équipé notamment d’un radar dernier cri Erieye ER, capable de détecter un aéronef à 450 km

Autonomie de vol : 11 heures.