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La fin de la lune de miel Legault-Trudeau

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

C’était écrit dans le ciel. Ça devait arriver; la fin de la lune de miel entre François Legault et Justin Trudeau.  

Dans le lobby de l’hôtel Delta à Sherbrooke, devant un barrage de caméras, le chef de la CAQ a lancé les hostilités. 

Le message de Québec est simple: Ottawa branle dans le manche, il est temps de faire débloquer les dossiers. 

Face à un premier ministre libéral qui a besoin du Québec pour gagner ses élections, François Legault fait le calcul que c’est le temps ou jamais de mettre de la pression sur le fédéral, et pourquoi pas, un peu de chantage aussi, en rappelant que le chef conservateur Andrew Scheer, semble plus ouvert face à ses revendications. 

C’est de bonne guerre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement Trudeau se montre si poli dans des dossiers aussi litigieux que l’immigration, les demandeurs d’asile à la frontière et le formulaire d’impôts unique.  

Les raccourcis de Legault 

Négocier la mise en œuvre d’un formulaire d’impôts unique administré par Québec n’allait jamais être chose facile.  

Comme n’importe quel gouvernement, Ottawa tient à gérer la collecte de ses propres revenus, et surtout l’interprétation de ses règles fiscales.  

Mais, politiquement parlant, il y a aussi le sort des quelque 5000 employés fédéraux de Revenu Canada à Brossard, Chicoutimi, Gatineau, Laval, Montréal, Québec, Rimouski, Rouyn-Noranda, Sherbrooke, Trois-Rivières, et surtout, Shawinigan et Jonquière. 

De l’aveu même de François Legault, un grand nombre d’entre eux risquerait de perdre leur emploi. Des milliers de mises à pied justifiées par la rationalisation des dépenses de l’État de 500 millions de dollars. 

Le premier ministre du Québec ne s’en fait pas, car l’argent économiser permettrait de réinvestir dans les services, les écoles dit-il. Créer, donc, de nouveaux emplois. 

Mais est-ce que vraiment un fonctionnaire de Revenu Canada pourra aller travailler comme orthophoniste dans une école? Ou combler la pénurie de main-d’œuvre, comme machiniste dans une entreprise manufacturière du Saguenay? Bien sûr que non! Bénéficiera-t-elle des mêmes avantages sociaux qu’au fédéral? Non plus. 

Peut-être en effet que le jeu en vaut la chandelle pour le Québec, l’enjeu fait l’unanimité à l’Assemblée nationale. Mais avant de rejeter du revers de la main les conséquences de 5000 mises à pied dans les régions du Québec, le premier ministre Legault ferait bien d’articuler une réponse plus complète aux conséquences bien réelles de son plan sur la vie de ses électeurs. 

Et c’est justement ce genre de raccourci démagogique qui commence à nuire à ses relations face au gouvernement fédéral. 

Le casse-tête de l’immigration 

L’immigration allait toujours représenter un litige idéologique et politique entre les deux capitales. Un litige, croyait-on, qui pourrait être résolu grâce à un bon mélange de bonne foi et de compromis. 

Or la rencontre entre Justin Trudeau et François Legault, et surtout ses suites, semblent avoir davantage abouti à une impasse. 

Non seulement est-ce que Québec réclame une réduction des seuils d’immigration avec le maintien complet du financement prévu dans l’entente de 1993, le rapatriement de la réunification familiale, les 300 millions pour les migrants, mais voilà que pour la première fois, François Legault a évoqué une modification des règles d’immigration pour y incorporer son test de français et son test des valeurs

Pas surprenant que le ministre des Affaires intergouvernementales du Canada, Dominic Leblanc, parle de quadrature du cercle. Non seulement est-ce que la réduction des seuils d’immigration va à l’encontre des efforts pour contrer la pénurie de main-d’œuvre du Québec, François Legault a tracé une ligne rouge qu’Ottawa est incapable de franchir. 

Et ce n’est pas une question de mauvaise foi. 

Ottawa craint que le test de français et le test des valeurs exigés par François Legault ne contreviennent directement à l’article 6 de la Charte canadienne des droits et libertés qui stipule que les résidents permanents ont le droit de s’établir et gagner leur vie dans toute province. Difficile de demander au gouvernement fédéral de renier volontairement sa Charte des droits! 

De deux choses l’une, ou le gouvernement Legault peine à trouver comment mettre en œuvre une promesse irréaliste sur les tests de valeurs, ou il torpille volontairement ses discussions avec le fédéral.  

Le fait que Québec ait remis en question la tenu d’une rencontre au sommet entre les deux gouvernements sur l’immigration et la main d’œuvre lors du caucus de la CAQ à Gatineau dans deux semaines a certainement ajouté de l’eau au moulin. 

Est-ce que François Legault cherche un affrontement avec Ottawa ? Ou veut-il trouver un véritable terrain d’entente ? Pour la première fois depuis son élection, la question se pose vraiment.  

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