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«Un nationalisme qui dérange»

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

On avait eu droit au «Québec-bashing» sur la question de la péréquation avant Noël. Certains diront même que François Legault l’avait cherché avec ses commentaires sur le pétrole sale de l’Alberta.

Mais voilà que ses revendications sur l’impôt unique et sur l’immigration en particulier, soulèvent une nouvelle levée de boucliers au Canada anglais. C’est tout juste si certains ne lui reprochent pas de vouloir prendre le pays en otage. 

Pire, c’est l’ouverture du gouvernement Trudeau à négocier, et l’empressement du chef conservateur Andrew Scheer d’y répondre qui irritent au plus haut point! 

Si personne au Québec ne va lui reprocher de se laisser courtiser par les chefs de partis fédéraux en cette année électorale, les réactions qu’il suscite illustrent à quel point le nationalisme québécois dérange toujours autant qu’avant.

Un nouveau paysage canadien

Le souvenir de l’échec de Meech, de Charlottetown s’est effacé. La menace de la souveraineté s’est dissipée. L’unité canadienne n’est plus à l’avant-plan des préoccupations des premiers ministres provinciaux d’aujourd’hui. Même le désir d’accommoder le Québec, comme à l’ère du fédéralisme asymétrique de Paul Martin et Jean Charest semble s’être évanouie. Le réflexe a été oublié.

Stephen Harper préférait entretenir des relations distantes avec les provinces, sous couvert de respecter leurs champs de compétence, il a mis de côté les grands chantiers nationaux. Il faut croire que ce fut suffisant pour que le Canada s’imagine que la nation québécoise n’était qu’un concept flou sans conséquence.

Le fédéralisme gentil de Philippe Couillard a contribué à sceller cette perception au Canada que le nationalisme québécois était enterré. Le Québec était enfin rentré dans le rang.

C’est ainsi que si au Québec on reproche à Justin Trudeau d’être centralisateur, de l’Ontario au Manitoba, en passant par les autres provinces de l’Ouest, on craint de voir les visées nationalistes de François Legault nuire au projet canadien. 

Une méfiance face à l’ex-souverainiste

François Legault a beau avoir fait sa profession de foi en faveur de l’unité canadienne, il a beau revendiquer d’avoir mis de côté les «vieilles chicanes» fédéralistes-souverainistes, ses revendications en faveur de l’impôt unique, de l’immigration viennent de remettre à l’avant-plan un nationalisme québécois que le reste du pays avait tout simplement oublié.

Il ne faut pas se leurrer. Ceux qui dénoncent ses tactiques sont les mêmes qui n’ont jamais compris les fondements du nationalisme québécois, l’importance de protéger cette société francophone. Ils continuent d’y voir des revendications partisanes, des caprices d’une simple province qui a trop longtemps pris le pays en otage.

Le passé souverainiste de François Legault, et de nombreux stratèges et chefs de cabinet au sein de son gouvernement ne font que renforcer cette perception.

Les levées de boucliers des dernières semaines rappellent à quel point, finalement, le Canada anglais a l’épiderme sensible. 

Faire des «deals»....

Dans l’entourage de François Legault, on aime répéter qu’il aime faire des «deals». Un «deal» sur l’immigration, l’impôt unique, des «deals» avec la France, avec l’Ontario sur l’hydro-électricité....

Or voilà, pour convaincre ses homologues de l’Ontario et Terre-Neuve d’embarquer dans la grande aventure électrique avec lui, le chef de la CAQ devra commencer par forger des alliances. Ça voudra dire convaincre ses homologues que ses revendications ne relèvent pas du marchandage politique, mais des aspirations légitimes de la société québécoise.

Finalement, l’élection historique de la CAQ en octobre dernier relance de vieux débats, sur la place et les pouvoirs du Québec au sein du Canada. Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

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