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Un message d'espoir lancé deux ans après la tuerie de la mosquée de Québec

Jean-François Racine | Journal de Québec

Les larmes ont fait place à un message d’espoir et d’unité mardi soir à l’Université Laval lors de la cérémonie officielle de commémoration du 2e anniversaire de la tuerie du 29 janvier 2017.

Dans un atrium bondé de centaines de personnes, tous ont fait le serment de ne jamais oublier ce qui s’est produit le soir du drame afin de ne plus jamais vivre l’horreur d’une telle tuerie. L’ambiance se voulait moins lourde, mais le symbole tout aussi fort.

 

Plus jamais de 29 janvier 2017 à Québec, au Québec, au Canada et dans le monde, a répété une foule ouverte au dialogue et au recueillement collectif.

«Je me rappelle de tous ces visages. Il y a deux ans, ils étaient 15 000 dans cet espace entre l’église et la mosquée à braver le froid. Et cela a continué dans ces deux années qu’on a vécu ensemble. Je vous assure qu’il y a de la compassion qui est évidente», a témoigné Boufeldja Benabdallah, le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec. Visage méconnu avant l’attentat, ce dernier se dit toujours touché par l’appui des Québécois. «J’aime ce peuple. Même si la blessure est là, je pense que nous continuerons à vivre ensemble et à construire ce grand pays», a-t-il ajouté.

«Des familles boulerversées à jamais»

En dévoilant une bannière à l’effigie de chacune des victimes, les familles ont choisi de révéler un mot qui correspondait parfaitement à Azzedine Soufiane, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Ibrahima Barry et Aboubaker Thabti qui étaient respectivement courageux, souriant, dévoué, convaincu, intelligent et généreux, selon leurs proches.

«Des familles ont été bouleversées à jamais. Toutes et tous victimes d’un acte tellement dépourvu de sens. Dans les jours qui ont suivi, nous avons pleuré ensemble. Dans les mois qui ont suivi, nous nous sommes relevés ensemble», a mentionné le maire Régis Labeaume.

À quelques reprises, des intervenants ont également salué le registre des armes à feu, désormais en vigueur.

Pour sa part, le premier ministre du Québec a affirmé que bien peu de gens peuvent comprendre la douleur de perdre un être cher assassiné de la sorte.

«Plusieurs d’entre nous ont vécu la perte d’un proche. Mais la plupart, c’était suite à un accident, à une maladie. Pas beaucoup d’entre nous ont vécu ce que les familles des victimes ont vécu. J’ai de la difficulté à imaginer le sentiment d’horreur qui a dû vous submerger devant toute cette violence. Cet attentat fait maintenant partie de votre vie, mais fait aussi partie de notre vie. Ça fait maintenant partie de l’histoire du Québec», a lancé François Legault.

«On ne doit jamais oublier le 29 janvier 2017 parce que c’est un important rappel des dangers qui nous guettent quand l’ignorance, la peur et la haine s’emparent de l’âme d’un homme», a aussi rappelé le député fédéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound.

Dans quelques jours, le 8 février, le juge François Huot sera prêt à prononcer la peine de l’auteur de la fusillade qui a tué 6 personnes en plus d'en blesser 5 autres gravement. La Couronne réclame des peines consécutives de 25 ans par meurtre.

«Vivre ensemble»

La maquette d’une œuvre commémorative de l'attentat de la mosquée intitulée Vivre ensemble, qui sera installée dans un an de part et d’autre de la route de l’Église, a été dévoilée cet après-midi par le maire de Québec.

L’aménagement sera divisé en deux zones: l’une pour le recueillement et l’autre pour la commémoration.

«Dans la portion commémorative, les noms des six victimes sont gravés sur trois pavés de pierre à base carrée. Au sommet de ces socles, six feuilles d’arbre surdimensionnées semblent emportées par le vent. Chaque feuille en aluminium est ajourée d’après un motif rappelant l’ornementation traditionnelle des pays d’origine des victimes», décrit-on cette œuvre de l’artiste Luce Pelletier.

Du côté est, au site patrimonial de la Visitation (ancienne église), «l’aménagement est composé d’un dallage circulaire avec un motif d’inspiration fléchée, rappelant les traditions québécoises», ajoute-t-on.

Un trait d’union

Le maire Labeaume a parlé de l’œuvre comme d’un «trait d’union» entre les communautés. «À défaut de pouvoir effacer cette terrible journée [du 29 janvier 2017], nous pouvons tout de même rendre hommage aux victimes pour montrer que nous pensons à elles», a-t-il soutenu. M. Labeaume a signalé qu’on rendait également hommage, à travers l’œuvre, à la famille Carrier de Lac-Beauport, décimée en janvier 2016 à la suite d’une attaque au Burkina Faso.

Interrogé au sujet des relations avec la communauté musulmane de Québec, Régis Labeaume a estimé «qu’on se comprend un peu plus». De son côté, Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), a insisté sur le fait que «des petits pas significatifs très importants» ont été réalisés depuis deux ans.

 

- avec la collaboration de Taieb Moalla

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