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Des résultats peu concluants pour le SPVM

Sarah Daoust-Braun | Agence QMI 

ARCHIVES/POLICE DE TORONTO

Le projet-pilote de caméras portatives au SPVM a eu peu d’effets sur les interventions des policiers et coûterait 24 millions $ annuellement s'il était appliqué à tous les agents, révèle un rapport du service de police rendu public cette semaine.

«L’expérience du projet n’a pas permis de démontrer sans équivoque que les caméras portatives favorisent la transparence des interventions policières, consolident le lien de confiance entre le policier et le citoyen et assurent la sécurité des policiers », indique-t-on dans le rapport, déposé en marge de la Commission de la sécurité publique.

De mai 2016 à avril 2017, 78 patrouilleurs de cinq unités ont porté des caméras portatives au travail. Le rapport du coroner sur le décès de Robert Hénault, mort en 2013 lors d’une intervention du SPVM, recommandait d’utiliser ce type de caméras par les policiers.

Selon le document, la transparence des policiers lors de leurs interpellations ne peut être atteinte que sous certaines conditions «difficiles à obtenir». Les patrouilleurs doivent par exemple activer eux-mêmes la caméra, ce qui peut être complexe lors d’interventions d’urgence, imprévisibles ou avec l’usage de la force.

Plusieurs enregistrements vidéo n’ont pas capté les interventions dans leur ensemble, pour des raisons réglementaires et éthiques, et sont donc «fragmentaires».

Le rapport conclut aussi que les caméras n’aident pas à désamorcer des situations tendues, n’a pas d’influence «significative» sur le taux de contestation de contraventions et n’a pas d’effet sur le nombre d’usages de la force par les patrouilleurs, ou de voies de fait par les citoyens. «De manière générale, la [caméra portative] n’a que très peu d’impact sur le déroulement des interventions policières», soutient-on.

Policiers «surveillés»

Les policiers sondés ont estimé que la présence de caméras portatives «contribue à créer une distance» avec les citoyens, et 89 % d’entre eux ont l’impression d’être «surveillés».

La grande majorité des personnes qui ont fait affaire avec des policiers après un appel au 911 ont trouvé de leur côté que les caméras étaient «une bonne chose et qu’elles procurent un sentiment de sécurité, voir une protection supplémentaire, tant pour le policier que le citoyen». Les policiers et des procureurs interrogés considèrent également que cet outil pouvait être «très efficace» pour collecter des preuves.

L’opposition à l’hôtel de ville croit qu’étendre ces caméras à l’ensemble des patrouilleurs reste une bonne chose. «On croit que cela va engendrer plus de transparence, renouer et augmenter la confiance de la population et la sécurité des policiers», a souligné mardi le chef d’Ensemble Montréal Lionel Perez.

24 millions $ en coûts

L’installation de ces caméras sur les 3000 policiers de première ligne du SPVM coûterait 24 millions $ par année, soit 4 % du budget du corps policier en 2018. Le service de police aurait besoin de l’équivalent de 202 personnes additionnelles. Mettre en place ce système prendrait par ailleurs cinq ans et engendrait des coûts de 17,4 millions $.

Le SPVM présentera les conclusions du projet-pilote vendredi à l’hôtel de ville de Montréal. L’administration de Valérie Plante doit réagir à ce moment.

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