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Ils adorent leur horaire «flyé»

Magalie Lapointe | Agence QMI

Des milliers de travailleurs quittent leur famille 14 ou 21 jours par mois, gagnent souvent plus de 100 000 $ par année et réalisent des voyages de rêve grâce à des horaires en rotation de type «fly-in/fly-out».

Désolée pour l’expression anglaise, mais aucun travailleur n’utilise le «navettage aéroporté» pour qualifier ces horaires atypiques. On les appelle ainsi parce que les employés se rendent en avion sur leur lieu de travail, puis reviennent de la même manière à la maison, plusieurs jours plus tard.

Au Québec, au moins 2800 salariés travaillent sur ces horaires «flyés» dans cinq mines différentes du Grand Nord. Trois autres sites engagent ainsi plus de 2000 autres personnes.

C’est sans compter tous les travailleurs et fonctionnaires qui occupent des boulots dans des villages inuits et qui reviennent très régulièrement chez eux, au sud, sur des vols payés par leurs patrons aussi, même s’ils ne sont pas nolisés par eux.

Le phénomène ira en s’amplifiant, car d’ici 2025, le nombre de mines en exploitation s’élèvera à 33 dans le Nord, contre une vingtaine actuellement.

«Il est facile de penser qu’une proportion de ces emplois sera assurément basée sur le modèle du navettage aéroporté», estime d’ailleurs le responsable des communications pour la Société du Plan Nord du Québec, Guillaume Lavoie.

L’époque où les mines construisaient des maisons pour héberger les familles des travailleurs, comme à Fermont et à Schefferville par exemple, semble révolue. Il est moins coûteux de faire voyager les employés par navettes aériennes et de les loger dans des campements. C’est plus facile aussi de recruter de la main-d’œuvre qualifiée de cette manière.

Avantages

Au cours des derniers mois, «Le Journal» a rencontré et s’est entretenu avec une cinquantaine de Québécois qui travaillent sur des horaires de rotation.

Ces hommes et ces femmes sont très épanouis au boulot. Plusieurs ont témoigné qu’ils ne retourneraient jamais à des horaires typiques de cinq jours de travail et deux jours de congé.

Ces salariés se retrouvent souvent très éloignés de leur famille pendant 14 ou 21 jours et doivent se soumettre à de longues journées de travail de 12 heures.

Toutefois, ils y trouvent plus d’avantages que d’inconvénients lorsqu’ils «descendent en bas», comme plusieurs le disent :

le salaire élevé (souvent autour de 100 000 $) ;

le nombre de jours de congé consécutifs ;

les défis et les passions qui les attendent.

Pas pour tout le monde

Il y a des horaires de rotation dans la fonction publique (personnel infirmier, par exemple), les entreprises de service (notamment dans des compagnies aériennes nordiques), mais la plupart de ces emplois se trouvent dans les mines.

Et ce sont surtout des hommes en début de carrière ou âgés de 40 ans et plus.

Bien qu’il y ait de plus en plus de femmes, celles-ci reconnaissent que ce type d’horaire ne plairait pas à toutes.

«Pour travailler dans une mine en fly-in/fly-out, ça prend une personnalité spécifique. Il ne faut pas être ennuyeux», estime Jacynthe Verville, qui ne souhaite plus travailler selon un autre type d’horaire.