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Le chaos autour des écoles ne fait qu’empirer

Daphnée Hacker-B. | Agence QMI 

JEAN-CLAUDE TREMBLAY/JOURNAL DE MONTRÉAL

On le sait, les écoles débordent, surtout à Montréal. Tellement qu’aux abords des écoles primaires les plus surpeuplées, dont François-de-Laval, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, le chaos automobile du matin est rendu ingérable.

C’est toujours dans les 15 minutes qui précèdent le moment où la cloche sonne que Lucie Charette, directrice de cette école primaire, doit mener son combat contre les automobilistes délinquants (tous des parents, on s’entend). Son cauchemar quotidien a empiré depuis la construction d’une annexe, en 2018, qui a fait grimper le nombre d’élèves à plus de 1000, en faisant une des plus grandes écoles primaires de l’île.

Je suis allée la rejoindre à 7 h 45 et la scène était assez surréelle. En même pas 10 minutes, j’ai noté 13 voitures qui ont fait des demi-tours, une vingtaine qui s'est garée en double et beaucoup trop d’enfants qui traversaient la rue en se faufilant entre les autos.

Pendant ce temps, Lucie Charette courait après les parents-automobilistes-enragés pour leur demander de faire attention, mais elle ne récoltait que des regards assassins du genre: «t’as pas à me dire quoi faire».

Mélange explosif

Cette scène n’a malheureusement rien de surprenant. Surtout quand on sait qu’aujourd’hui, 75 % des enfants d’âge primaire sont reconduits à l’école en voiture, alors qu’ils n’étaient que 40 % à la génération précédente, selon des données fournies par la Fondation CAA-Québec.

D’un côté, il y a des écoles de plus en plus surpeuplées, et de l’autre, des parents de plus en plus craintifs de laisser leur enfant se rendre seul à l’école. Résultat: des centaines de voitures affluent au même endroit dans un laps de temps très court. Toutes les écoles surpeuplées vivent ce scénario jour après jour, m’a confirmé une commissaire scolaire très au fait du dossier.

Interdire les voitures dans les zones scolaires?

L’an dernier, l’administration de la mairesse Valérie Plante s’est dite ouverte à l’idée d’interdire les voitures autour de certaines zones scolaires, comme c’est le cas au Japon et dans certaines zones scolaires en Angleterre. Dans un périmètre déterminé, seuls les résidents locaux ont le droit de circuler en voiture, ce qui force les parents venus de plus loin à débarquer de leur auto et à marcher avec leur enfant jusqu’à l’école.

«On considère cette option pour certaines écoles de l’arrondissement, mais rien n’est encore décidé», m’a laissé savoir la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, dont l’équipe travaille sur un plan de déplacement local. Une telle politique pourrait bousculer les mœurs, mais ce n’est pas une mauvaise idée, pensent plusieurs experts en sécurité routière.

«Ça reste difficile à appliquer politiquement, mais c’est une mesure efficace pour la sécurité des enfants et pour les encourager aux déplacements actifs», a souligné Owen Waygood, professeur à Polytechnique Montréal.

Il a un bon point: c’est une mesure qui risque de semer la controverse.

J’ai juste abordé le sujet avec quelques parents de l’école François-de-Laval, et déjà, tous étaient campés sur leur position. Une mère qui se bat depuis des années contre l’arrondissement pour sécuriser les abords de l’école a soulevé un point intéressant: «avant de faire une grande révolution, la Ville pourrait nous prouver qu’elle est capable de faire des petits changements».

Les déplacements vers l’école des Canadiens âgés de 5 à 19 ans:

63 % utilisent un mode de transport inactif (voiture ou autobus)

21 % utilisent un mode de transport actif

16 % utilisent un mélange des deux modes

Source: ParticipACTION