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Les femmes gestionnaires prennent leur place

Philippe Orfali | Journal de Montréal

Elles sont treize. Treize femmes aux parcours bien différents qui se sont tôt ou tard butées à la même réalité: celle de l’absence de modèles féminins dans leur domaine. Un problème auquel a voulu remédier la journaliste Ève Lévesque avec son livre «Femmes de tête».

Ève Lévesque et ses collaboratrices Élise Jetté et Geneviève Desautels souhaitaient, avec cet ouvrage qui paraîtra le 6 février aux Éditions du Journal, «projeter la parole» de femmes issues du milieu des affaires au sens large dans l’espace public.

Pour ce faire, elles sont allées dans toutes les directions. Geneviève Bernatchez est issue des Forces canadiennes, Régine Laurent du milieu infirmier, India Desjardins a tenté sa chance en journalisme avant de se découvrir une fibre d’auteure. D’autres comme Elham Seyed Javad, Andréanne Laurin ou Katie Bussières sont plus directement impliquées dans le Québec inc. Certaines sont plus connues du public, d’autres moins.

«Au fil de la discussion, on constatait qu’elles avaient toutes vécu des défis. Leur travail est considéré avec moins d’importance que celui d’hommes, on remet en question leurs qualifications, on laisse entendre que c’est aux hommes de gérer», énumère Ève Lévesque.

Inspirer

Certaines histoires sont cocasses. D’autres suscitent plutôt la colère de la journaliste. Comme celle d’India Desjardins, qui, après avoir essuyé plusieurs refus pour ce qui allait devenir Le journal d’Aurélie Laflamme, s’est fait accoler l’étiquette d’auteure de chick lit (littérature pour femme) pour la seule et unique raison que son personnage est féminin.

Ou celle d’Emmanuelle-Cynthia Foisy, qui, lors d’un appel à la Commission de la construction du Québec (CCQ) pour poser des questions sur ses assurances, s’est fait demander le numéro de carte de son mari, alors que c’est elle qui travaille dans le domaine de la construction.

«C’est grave!», s’exclame la journaliste.

À défaut d’avoir des mentors dans chaque milieu de travail ou dans chaque profession, ce livre veut donc inspirer. Pas que les femmes, bien sûr, mais tous les travailleurs et gestionnaires.

«L’idéal, ça serait qu’éventuellement, on arrête de dire des choses comme “enfin une femme!”, que les femmes en haute direction ne soient plus des exceptions, et que les milieux traditionnellement plus masculins soient plus facilement accessibles ou confortables pour les femmes. Il faut que les femmes, de toutes les générations, puissent s’épanouir dans le milieu de travail qu’elles choisissent de plein gré. Et pour en arriver là, il faut se parler, s’échanger des trucs, et s’entraider», explique l’auteure, aujourd’hui elle-même gestionnaire chez Québecor.