/news/society

Elle meurt en cessant de manger et boire

TVA Nouvelles 

Une femme de Drummondville est morte en novembre dernier après avoir cessé de manger et de boire. Atteinte d’une sclérose en plaques progressive, Manon Gardner avait perdu son autonomie et le goût de vivre.

Comme elle ignorait qu’elle pouvait demander l’aide médicale à mourir, elle a opté pour l’arrêt complet de toute nourriture, le 25 septembre 2018, avant de couper l’hydratation presque cinq semaines plus tard.

Sa conjointe de longue date, Nicole Landry, ainsi qu’une bonne amie, Jackie B. Hamilton, sont venues témoigner de son parcours de fin de vie extraordinaire sur le plateau de Denis Lévesque.

 

Une entrevue touchante à laquelle s'est joint l’omnipraticien Claude Rivard, spécialisé en soins palliatifs depuis trois ans et qui a pratiqué de nombreuses interventions d’aide médicale à mourir. Le Dr Rivard a entendu parler du cas de Manon Gardner sur Twitter peu avant le décès de cette dernière.

Deux ans plus tôt, après avoir vu sa maladie progresser de façon rapide, Manon Gardner a pensé à demander l’aide médicale à mourir ou à aller en Suisse, relate sa conjointe Nicole Landry. Chose qu’elle ne voulait pas, dit-elle, «parce qu’elle ne voulait pas quitter sa famille et ses amis».

Pendant deux ans, elle a fait des recherches sur Internet pour trouver une façon d’abréger ses souffrances. Mais elle s’est finalement résignée à «l’option de cesser de se nourrir; c’était la seule solution... car elle n’avait pas pleinement conscience de ce à quoi elle avait droit».

 

Admissible à l'aide médicale

Mais les proches de Mme Gardner ont appris qu’elle aurait finalement été admissible à l’aide médicale à mourir en toute fin de vie, alors qu’elle était à l’agonie.

«Elle avait tout prévu, souligne Mme Landry. Elle avait rencontré les membres de sa famille pour leur expliquer son geste. Sa famille a compris. Sa mère lui a même dit: "je t’aime assez pour te laisser partir". Et les amis aussi. On comprenait, car on avait vu son état se dégrader.»

La dernière ligne droite de la vie de Manon Gardner aura duré 36 jours d’un jeûne prolongé. La femme de 54 ans avait lu sur la façon qu’on meurt dans de telles circonstances.

«Avec les lectures qu’elle avait faites, elle était certaine qu’elle était pour souffrir, avoir des douleurs, des maux de tête, mais elle a dit: "j’ai rien". Tellement qu’elle était sereine dans sa décision, on aurait dit qu’elle était enveloppée d’une lumière qui la portait et qui lui aurait dit: "OK, on va t’aider à partir".»

 

«Le mois des morts»

«Puis, le 1er novembre, elle a dit: j’arrête de boire parce que c’est le mois des morts.» Ça devait prendre de quatre à cinq jours, selon ses lectures. Elle a survécu neuf jours en recevant des soins palliatifs. Ce qui a atténué ses souffrances. Elle a rendu l’âme à la maison.

Malheureusement, Manon Gardner «est partie fâchée parce que ça ne se passait pas comme elle voulait. Elle avait pourtant tout planifié, mais ça, elle n’avait pas le contrôle.»

«Dans le fond, ce qu’elle aurait voulu, c’est l’aide médicale à mourir qui est simple, où vous êtes entouré de votre famille, de vos amis, puis on vous donne les injections. C’est simple, on part tranquillement comme ça, entouré des gens qu’on aime. Ça faisait deux ans qu’elle y pensait», témoigne Nicole Landry.

Voyez l’entrevue complète en trois parties dans les vidéos ci-dessus.