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Trottoirs glacés: les entrepreneurs ont carte blanche pour l’épandage

Dominique Cambron-Goulet | Bureau d’enquête

Les Montréalais n’en ont pas fini de rager contre les trottoirs glacés. Notre Bureau d’enquête a découvert que tous les contrats octroyés par la Ville depuis trois ans sont soit imprécis, soit exigent trop peu de sel.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a rappelé deux fois à l’ordre les arrondissements depuis une semaine à propos du piètre état des trottoirs.

« Je n’accepterai, sous aucun prétexte, que l’exécution ne soit pas adéquate », a-t-elle écrit dans une lettre aux arrondissements.

La mairesse demandait aussi que le service soit « sans faille sur l’ensemble de notre territoire ».

Or, les nouveaux contrats de déneigement, qui sont rédigés par la ville-centre depuis 2016, laissent beaucoup de place pour les failles.

Dans cinq arrondissements, la Ville demande aux entrepreneurs d’épandre toujours la même quantité de sel et d’abrasifs sur les trottoirs, soit 150 grammes d’abrasifs par mètre carré, peu importe la météo.

Toujours pareil

Ce taux est resté inchangé même pendant les gros épisodes de glace qu’a connus la métropole depuis deux semaines, alors que 300 g/m2 auraient été nécessaires, a affirmé un responsable d’arrondissement qui souhaite garder l’anonymat.

L’élu responsable du déneigement dans l’administration Plante, Jean-François Parenteau, admet que 150 g/m2 c’est « trop peu ».

« Si un arrondissement est dans ce contrat, la ville-centre fournit les abrasifs supplémentaires pour compenser », assure-t-il.

Toutefois, certains arrondissements ont préféré ne pas s’aventurer dans la complexe opération de calculer la quantité d’abrasifs supplémentaires à fournir à l’entrepreneur et de récupérer l’excédent à la fin de l’hiver.

L’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, de son côté, dit avoir les mains liées par ce contrat qui, souligne-t-on, a été fait par la ville-centre.

« Les quantités qui sont inscrites dans le devis sont celles que doivent suivre les entrepreneurs », indique la chargée de communications, Michèle Blais.

Nouveaux contrats... imprécis

La Ville a tenté de corriger le tir en 2017, mais les nouveaux contrats ouvrent la porte à d’autres problèmes.

Montréal laisse maintenant aux entrepreneurs le soin de décider de la quantité d’abrasifs à appliquer, « en fonction des conditions météorologiques ». Le taux minimum est de 150 g/m2, et le maximum de 300 g/m2.

« Les devis laissent une grande marge de manœuvre, déplore le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez. C’est normal que les entrepreneurs qui paient leur sel essaient de réduire leurs coûts. »

Dans son arrondissement, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, l’entrepreneur avait choisi un taux de 225 g/m2 avant que le directeur des travaux publics ne lui demande, à la fin janvier, d’augmenter la quantité de sel au maximum.

Le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau, ne croit pas que les nouvelles normes soient problématiques.

« Maintenant, on dit à l’entrepreneur de ramener ça sécuritaire. Il ne peut plus dire qu’il ne passe pas quatre fois parce que c’est écrit trois fois au contrat », juge l’élu.

« Le directeur des travaux publics [de chaque arrondissement], son travail, c’est de donner des directives à ses entrepreneurs et de s’assurer que le travail est bien fait », tempête M. Parenteau.

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