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Les réactions à la peine d'au moins 40 ans de prison imposée à Alexandre Bissonnette

TVA Nouvelles

La peine d'un minimum de 40 ans de prison imposée à l'auteur de la tuerie à la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, a suscité de nombreuses réactions vendredi.

Survivants de la tuerie

«La journée a été longue et la sentence a été longue. Sincèrement, j’étais très déçu et surpris, à tel point que j’allais vraiment m’évanouir , a lancé Aymen Derbali, qui est aujourd’hui cloué dans un fauteuil roulant après avoir reçu sept balles pendant l’attaque. [...] J’aurais aimé que la justice soit rendue aux victimes, à ceux qui sont décédés et que la sentence soit à la hauteur du crime perpétré. C’est une tuerie, c’est un attentat très grave dans un lieu de culte.»

«Je sens aujourd’hui que je vaux moins, comme citoyen musulman canadien, qu’un autre citoyen, affirme pour sa part Saïd El-Amari. Quand trois gendarmes de la GRC ont été assassinés de sang froid au Nouveau-Brunswick, la justice était sans équivoque. Ils ont donné 75 ans. Il n’y a jamais personne qui s’est demandé si cette personne aura le temps de sortir vivre en société ou non.  Et maintenant, on a passé la journée à se demander si cette personne-là, qui a tué 6 citoyens musulmans de la Ville de Québec, qui en a blessé 5 autres et qui a laissé 17 orphelins, on doit absolument lui donner la chance de sortir vivre en société! Je suis estomaqué! Je suis abasourdi! Je suis choqué!»

Orphelins de la tuerie

«C’est une journée aujourd’hui qui marque la fin d’une étape importante pour nous, certes les conclusions ne sont pas nécessairement celles auxquelles ont s’attendait, mais je tiens néanmoins à remercier profondément le travail acharné de Me Jacques et de Me Godin ainsi que le travail dévoué des avocats du procureur général du Québec qui travaillent encore aujourd’hui d’arrache-pied afin de faire résonner le marteau de la justice ici à Québec», a déclaré Ahmed Belkacemi, qui a perdu son père Khaled lors de la tuerie du 29 janvier 2017.

«On tient également à souligner le travail de toute l’équipe des enquêteurs de la GRC, de la SQ, de la Ville de Québec, qui nous ont suivis pendant tout le long des représentations sur la peine, a enchaîné sa sœur, Megda Belkacemi.  Ils ont fait un travail remarquable. [...] Évidemment, vous ne douterez pas que nous sommes surpris et déçus de la décision aujourd’hui de la Cour supérieure et nous verrons quelles seront les suites des procédures.»

Mme Belkacemi a également eu une pensée pour les proches des victimes du tueur en série, Bruce McArthur, qui a lui aussi reçu sa sentence vendredi.

Président du Centre culturel islamique

«Je veux traduire [...] la déception et la surprise totale de toutes les victimes et de toute la communauté musulmane qui est prise dans ça, a déclaré Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec, où le drame a eu lieu. Les gens ont senti [...] qu’il y a eu beaucoup plus d’expression de dignité du meurtrier qui a dominé toute la dignité de ceux qui ont perdu les leurs. C’est ce que nos frères et nos sœurs ont senti et c’est ce que la communauté va sentir. Autrement dit, la dignité, elle est à deux vitesses et c’est dommage.»

«Ce n’est pas la colère qui nous domine, c’est la déception qui nous domine. Et c’est l’espoir que cela va se transformer en paix, en dignité pour toutes les personnes de cette belle province.»

Avocats de la défense

«On prend acte de la décision du juge Huot aujourd’hui, a déclaré Me Charles-Olivier Gosselin, aux côtés de son collègue Me Jean-Claude Gingras. On va prendre le temps d’analyser la décision. C’est une longue décision qu’on aura à décortiquer ensemble. On va prendre des décisions ensuite en analysant la décision, en en discutant avec notre client pour la suite des choses.»

Procureurs de la Couronne

«Les premières pensées du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) sont portées envers les très nombreuses victimes des gestes horribles et insensés commis par Alexandre Bissonnette le 29 janvier 2017, a souligné Me Thomas Jacques, avocat de la Couronne. Nous pensons aux veuves, aux orphelins, aux proches éplorés et à toute la communauté touchée. Nous tenons à souligner le courage, la résilience et la très grande dignité manifestée par ces victimes tout au long de cet éprouvant processus judiciaire.»

« Le Directeur des poursuites criminelles et pénales prend acte du jugement qui a été rendu aujourd’hui autant au niveau de la constitutionnalité de l’article 745.51 que de la peine qui a été rendue, a-t-il poursuivi. Il s’agit d’un jugement étoffé qui nécessitera une analyse en profondeur afin d’évaluer la possibilité de porter le jugement en appel.»

Témoin de la tuerie

«Je respecte la décision du juge. Il nous a expliqué beaucoup de choses, a dit Ahmed Cheddadi. Moi ce que je voulais sincèrement, c’est que quand il va sortir de prison, je ne veux pas qu’il rencontre un des fils des gens qui ont perdu la vie dans la mosquée.»

M. Cheddadi a raconté que parmi les victimes de cette tragédie «il y avait des parents qui ont laissé des enfants de 2 ans et de 4 ans» derrière eux.

Ministère de la Justice

«La procureure générale du Québec est intervenue dans le cadre du dossier pour défendre la validité constitutionnelle de la disposition du Code criminel qui permet d’ordonner que soient purgées de façon consécutive les périodes de 25 ans d’inadmissibilité à la libération conditionnelle, a déclaré Me Alex Pothier, porte-parole du ministère. La position mise de l’avant par la procureure générale du Québec est à l’effet que cette disposition-là du Code criminel était valide d’un point de vue constitutionnel.»

Or, «la cour aujourd’hui a décidé que cette disposition-là n’était pas valide constitutionnellement», a-t-il ajouté.

«Alors soyez assurés que le ministère de la Justice et la procureure générale du Québec [vont] prendre le temps d’analyser minutieusement le long jugement qui a été rendu aujourd’hui et [évalueront] avec nos collègues du DPCP l’opportunité de se pourvoir en appel», a enchaîné Me Pothier.

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