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Sentence d'Alexandre Bissonnette: consternation et déception dans la communauté musulmane

Taïeb Moalla | Journal de Québec

Les blessés de la tuerie de la Grande Mosquée et les leaders de la communauté musulmane de Québec ont exprimé leur «surprise», leur «consternation» et leur «déception» face à un jugement qu’ils entendent bien contester en appel.

 «Nous sommes dans la consternation et la surprise totales. Sincèrement, on est complètement estomaqués», s’est exprimé Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), avec une voix tremblante et très émue, quelques minutes après l’annonce de la sentence de Bissonnette. Ce dernier a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans.

Selon M. Benabdallah, «il y a eu beaucoup plus d’expression de dignité du meurtrier qui a dominé toute la dignité de ceux qui ont perdu les leurs (...) Cette dignité est à deux vitesses et c’est vraiment dommage». Ce dernier était entouré de plusieurs membres de la communauté musulmane dont deux des rescapés ayant subi les blessures les plus graves à la suite de l’attaque meurtrière.

En fauteuil roulant, Aymen Derbali a pris la parole en s’exprimant d’une voix faible, mais déterminée. «J’ai été très déçu et surpris à tel point (que j’ai failli) m’évanouir, a-t-il indiqué. J’aurais aimé que la justice soit rendue à toutes les victimes et que la sentence soit à la hauteur du crime perpétré.»

Aussi amer, Saïd El-Amari, autre survivants de l’attaque, a signalé «qu’aujourd’hui, un citoyen musulman canadien vaut moins qu’un autre citoyen (...) Je suis estomaqué, je suis abasourdi, je suis choqué».

Les réactions à la peine imposée à Alexandre Bissonnette (Saïd El-Amari)

La peine d'un minimum de 40 ans de prison imposée à l'auteur de la tuerie à la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, a suscité de nombreuses réactions vendredi.

Vers un appel?

Mohamed Labidi, administrateur et ancien président du CCIQ, a formellement demandé à la Couronne de faire appel. «Mon souhait et le souhait de toute une communauté est que cette cause soit portée en appel. J’invite la Couronne à porter la cause en appel. Nous, on n’est pas contents de cette décision. On refuse cette décision», a-t-il insisté.

De son côté, l’imam Hussein Guillet a affirmé que «dans 40 ans, Bissonnette aura 67 ans (...) Les orphelins (des six victimes) seront très probablement encore en vie. Et le débat sera rouvert».

À la sortie de la salle d’audience du palais de justice de Québec, les veuves des victimes essuyaient leurs larmes et hochaient la tête en signe de désapprobation de la sentence.