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Le retour des vendeurs sous pression

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

Lise Nolet et Jean-Pierre Mercier, âgés de 67 et de 70 ans, ont tenté de repousser un vendeur itinérant, mais il était si insistant qu’il les a eus à l’usure en leur faisant signer un contrat de plus de 10 000 $ pour décontaminer leur entretoit sain.

PHOTO COLLABORATION SPÉCIALE, MARC FILION

Lise Nolet et Jean-Pierre Mercier, âgés de 67 et de 70 ans, ont tenté de repousser un vendeur itinérant, mais il était si insistant qu’il les a eus à l’usure en leur faisant signer un contrat de plus de 10 000 $ pour décontaminer leur entretoit sain.

Les vendeurs de porte-à-porte sans scrupule de thermopompes, de panneaux solaires ou de décontamination d’entretoit d’entrepreneurs sont à la hausse malgré les avertissements répétés.

« Nous sommes dans une haute vague que nous espérons endiguer [...] Encore une fois l’an dernier, beaucoup de consommateurs s’estiment floués par les commerçants itinérants », dit le porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC), Charles Tanguay.

L’organisme a compilé plus de 1000 plaintes, civiles et pénales, l’an dernier à ce sujet, en hausse de 4 % par rapport à 2017. C’est le secteur où la hausse est la plus marquée en 2018. Les vendeurs itinérants mettent énormément de pression sur leurs clients potentiels faisant miroiter de fausses économies ou des risques pour la santé, en profitant de leur vulnérabilité.

Charge extrême

« C’est débile [...] c’est rendu une charge de travail extrême », souffle François Décary, de l’Association coopérative d'économie familiale – Appalaches-Beauce-Etchemin (ACEF-ABE).

De nombreux foyers de sa région sollicitent son aide pour annuler des contrats et tenter d’obtenir des remboursements. Son coin de pays est particulièrement ciblé, selon lui, car le parc immobilier prend de l’âge, rendant les résidents plus intéressés par des promesses de facture d’électricité à la baisse.

« Ils cherchent des gens qui ont de la misère à payer leur électricité ou qui ont des soucis de santé », dit-il.

« Les consommateurs jour après jour se font arnaquer [...] [Les vendeurs] jouent sur toutes les cordes sensibles, la santé, l’économie d’argent, l’environnement. Ils vont dire tout et son contraire. C’est un artifice extrêmement convaincant », poursuit M. Décary.

Il ajoute avoir vu des gens du milieu de la construction tomber dans le panneau et payer cinq fois trop cher pour des travaux de décontamination.

« Tout ça semble vrai, jusqu’à ce que deux ans plus tard, tu réalises que tu as épargné 7 $ », dit-il. Et les recours sont limités pour les consommateurs floués.

Les entreprises font rapidement faillite.

Bouchées doubles

L’OPC met les bouchées doubles, promet M. Tanguay, soulignant que beaucoup d’enquêtes sont menées, des poursuites judiciaires sont entamées et quelques condamnations sont à venir.

Ces entreprises font miroiter d’importantes économies d’énergie aux consommateurs, leur font peur et réussissent à obtenir des signatures sur des contrats très onéreux.

« Une fois rentrés chez vous, ils sont d’excellents vendeurs », dit M. Tanguay, qui a vu des gens payer des thermopompes trois fois le prix courant.

Des changements à la loi devraient rendre la vie plus difficile aux entreprises frauduleuses, croit-il. Le permis pour exploiter une entreprise itinérante a grimpé à 50 000 $ et doublera l’an prochain. Les compagnies de financement seront aussi responsables des contrats, ce qui risque de les rendre plus craintives.

Un couple l'a échappé belle

Un couple d’aînés de Thetford Mines a évité le pire en annulant rapidement un contrat d’un vendeur itinérant en décontamination d’entretoit de plus de 10 000 $, alors qu’il n’y avait aucune moisissure.

« On n’avait pas cet argent-là [...], mais quand mon mari a signé le contrat, j’étais fatiguée, brûlée », souffle Lise Nolet, âgée de 67 ans.

Son mari, Jean-Pierre Mercier, et elle n’en pouvaient plus de l’insistance du vendeur qui les accaparait depuis plus de deux heures en octobre 2017.

Tout a commencé par un appel anodin. Une entreprise disait proposer des inspections gratuites de l’entretoit en 30 minutes offertes par un programme gouvernemental, se souvient-elle.

Naïvement, elle a accepté. Puis le cauchemar a commencé.

Un vendeur de GSA Construction de Saint-Eustache a débarqué chez elle le jour même à 16 h 30. Il est monté dans l’entretoit et il est redescendu annonçant la catastrophe. Sur son cellulaire, il montrait des photos de moisissures dangereuses pour la santé de Mme Nolet, asthmatique, et menaçant même les poutres du bâtiment.

« Il nous montre ça vite. On voit des photos qui nous font peur », dit-elle.

Très entreprenant

L’homme ne partait plus, il est resté plus de deux heures avant que le couple ne cède, affamé. Mais les doutes de Mme Nolet augmentaient et, heureusement, sa fille en visite de Montréal partageait ses craintes.

Elle a commencé à paniquer « quand il a trop insisté et qu’il était prêt à venir le lendemain matin [pour les travaux], qui était un samedi », souffle-t-elle.

Tout de suite après son départ, elle a rappelé l’entreprise pour tout annuler. Mais même au téléphone, il était difficile d’avoir le dernier mot. Elle a catégoriquement refusé que des travailleurs viennent chez elle, réussissant à tout reporter au mercredi.

Le samedi matin, une entreprise de financement l’appelait pour se faire payer.

« On a été à l’envers toute la fin de semaine », dit-elle, soulignant que l’événement a causé de vives tensions entre son mari et elle.

Grâce à des contacts, un architecte et un entrepreneur sont venus vérifier son entretoit. À part quelques points noirs facilement nettoyables, tout était beau. Aucune trace de moisissure problématique.

« C’était vraiment de la bullshit que l’autre nous avait dit », dénonce-t-elle.

Mme Nolet a porté plainte à l’Office de la protection des consommateurs. L’entreprise GSA Construction a quant à elle fait faillite l’hiver dernier.