/regional/quebec/chaudiereappalaches

Propriétaires du Miller Zoo: un couple pas comme les autres

Karine Gagnon | Journal de Québec

 Photo Jean-François Desgagnés En 2018, Émilie Ferland et Clifford Miller ont accueilli près de 100 000 visiteurs au Miller Zoo, projet né de leur union. Avis aux intéressés, l’établissement est ouvert aussi pendant la saison hivernale.

Jean-François Desgagnés

Photo Jean-François Desgagnés En 2018, Émilie Ferland et Clifford Miller ont accueilli près de 100 000 visiteurs au Miller Zoo, projet né de leur union. Avis aux intéressés, l’établissement est ouvert aussi pendant la saison hivernale.

Passionnés des animaux, entrepreneurs dans l’âme, Clifford Miller et Émilie Ferland représentent l’exemple parfait pour illustrer l’importance de croire en ses rêves, parfois même les plus fous.

Au cœur de la série Un zoo pas comme les autres, diffusée à TVA cet hiver et dont la popularité a dépassé toutes les attentes, le couple témoigne d’une histoire extraordinaire, émouvante, et qui a confondu jusqu’aux plus sceptiques.

Leur entreprise inaugurée en 2012, le Miller Zoo, est aussi une affaire de cœur, de famille, de passion et d’authenticité, comme on en a tant besoin dans notre monde. «L’un sans l’autre, ça n’aurait pas marché», souligne Clifford.

Complice, amoureux, le couple se donne corps et âme pour le bien-être de ses animaux, parmi lesquels il vit, au beau milieu de la terre familiale.

Devenue veuve prématurément, la grand-mère paternelle de Clifford avait conservé ces lots après avoir fait déménager la maison familiale au village. Une ferme y a été exploitée jusque dans les années 1970. Puis, quand Clifford a eu 17 ans, son père l’a convaincu d’acquérir l’une des terres.

«Je travaillais déjà et j’avais prévu m’acheter un vieux bazou, se souvient Clifford. À 17 ans, tout ce que tu veux c’est de triper avec tes chums. Mais j’ai changé d’idée et j’ai acheté la terre. J’ai passé 10 ans sans y remettre les pieds, puis, à 27 ans, j’ai commencé à y aller et, avec mon père, j’ai construit une maison, pièce par pièce, avec le bois de la terre.»

Ses amis venaient le visiter avec leurs blondes, relate Clifford, et l’une d’elles s’était exclamée: «C’est bien beau, mais il n’y a jamais une fille qui va vouloir venir rester ici».

Rencontre fructueuse

C’était avant l’arrivée d’Émilie, que Clifford avait connue lorsqu’elle était toute petite. Il était ami avec son frère aîné, à Frampton, où tous deux ont grandi. Grâce à des amis qui les ont remis en contact, Émilie est revenue dans la vie de Clifford dans des moments particulièrement éprouvants, il y a sept ans. Celui-ci a perdu ses parents à deux années d’intervalle.

Son père a été emporté par un cancer à l’âge 57 ans. Quant à sa mère, elle a appris qu’elle souffrait d’Alzheimer à 45 ans – vous avez bien lu – et, cinq ans plus tard, elle ne reconnaissait plus personne. Son mari en a pris soin jusqu’à ce qu’il n’en ait plus la force à cause de sa propre maladie. Elle est décédée à 58 ans.

«Toute ma famille est morte du cancer, c’est pour ça que je dis que je ne passerai pas à côté», lance Clifford, qui amorcera bientôt la quarantaine. Ce à quoi Émilie s’empresse d’ajouter que la recherche avance, et que, bientôt, on ne mourra probablement plus de tout ça. Bien vu.

Clifford est convaincu que ses parents les auraient beaucoup aidés avec le projet, comme le font plusieurs membres de leurs familles respectives. Heureusement, son père a pu être témoin de son attachement à la terre de ses ancêtres.

Aventure risquée

À la suite du décès du père de Clifford, le couple a décidé d’emménager ensemble, puis a eu l’idée d’une ferme éducative. Le projet a évolué jusqu’à devenir un jardin zoologique.

Le couple y a investi toutes ses économies : lui, l’héritage de ses parents, elle, le fruit de la vente de son casse-croûte. Ils se sont endettés, jusqu’à remplir leurs cartes de crédit, et ont dû réhypothéquer leur maison. «Le premier hiver, lance Clifford, on a mangé nos bas.»

Quand ils ont voulu obtenir du financement, Desjardins pensait que c’était une blague. «Le gars est parti à rire», se rappelle Clifford. Au village, la nouvelle a rapidement fait du bruit. «C’était la joke, on était les idiots du village», relate Émilie.

Les parents d’Émilie se sont eux aussi inquiétés au départ. Son père a contacté sa mère pour lui faire part de ses réticences, mais il s’est produit un épisode très particulier. «Ma mère a rêvé que son propre père [qui est décédé] venait la voir et lui disait: “laisse-les faire, ne va pas les décourager, vous allez rester surpris.”»

Les premiers temps, Émilie parvenait à renflouer les coffres en offrant un service de toilettage et en reprenant ses fonctions comme barmaid au village. Clifford travaillait comme ébéniste ainsi que dans un club de golf. «On n’était pas des administrateurs ou des vétérinaires, alors plusieurs doutaient, mais, maintenant, ils nous disent que, lorsqu’ils regardent notre cheminement, ils n’en reviennent pas», raconte Émilie.

Tous deux n’ont même pas envie de faire de pied de nez à tous ceux qui se sont moqués d’eux. «Quand tu t’es prouvé à toi-même ce que tu étais capable de faire, confie Émilie, tu te fous de ce que les autres peuvent penser.»

«Vie de rêve»

Pour le reste, les faits parlent d’eux-mêmes. Leur zoo, sis au cœur des bois, est devenu l’attraction touristique de la Nouvelle-Beauce. Non loin, d’autres attractions poussent. Le couple réfléchit à la possibilité d’offrir de l’hébergement.

«C’est une vie de rêve, mais pas un conte de fées», nuance toutefois Émilie, soulignant qu’en travaillant avec des êtres vivants, et dans certains cas avec un potentiel de dangerosité, la vie ne peut plus être aussi spontanée.

Tout doit au contraire être réglé au quart de tour, et il faut souvent se lever la nuit. Quant aux vacances, elles sont très peu nombreuses. Heureusement, la passion l’emporte sur tout le reste.

Pour ceux qui se posent la question, le couple n’envisage pas d’avoir des enfants, du moins, ça ne figure pas dans les plans. «On n’a pas la pression de la famille», dit Clifford. «Tout le monde nous dit : “vous en avez pas mal, d’enfants”», ajoute Émilie, rappelant qu’avec leur équipe, ils veillent sur plus de 150 animaux.

Étant donné le succès de l’émission, des employés supplémentaires seront embauchés cet été. Le couple, qui jusqu’à maintenant réinvestit tous les profits dans les installations, espère un achalandage toujours plus important. J’ai l’impression qu’ils seront servis.

 En rafale

Perroquets bien adaptés

Les trois perroquets Ara que l’on peut voir dans le troisième épisode d’Un zoo pas comme les autres, Rose, Prince et Cheyenne, se sont très bien adaptés depuis leur déménagement au Miller Zoo cet été. Émilie et Clifford les ont recueillis après que leur propriétaire, Ana Franco, leur ait transmis une demande d’aide. Mme Franco, une résidante de Saint-Hyacinthe, souhaitait que ses oiseaux puissent continuer à vivre ensemble, mais la maladie l’obligeait à s’en départir. Atteinte d’un cancer à un stade très avancé, elle a pu les visiter à deux reprises au zoo. «Elle nous a dit qu’elle voyait qu’ils étaient bien dans leur environnement», raconte Émilie. Mme Franco est décédée en septembre.

Babouin aveugle

Le couple a accueilli l’été dernier deux babouins au zoo, dont un mâle Hamadrias, Tony, qui s’est avéré aveugle. Ils doivent l’emmener ce printemps à l’Hôpital vétérinaire de Saint-Hyacinthe, où les spécialistes pourront leur indiquer s’il est possible de l’opérer pour qu’il puisse recouvrer la vue. On se croise les doigts.

Allergique aux animaux

Cela peut sembler incroyable, mais, plus jeune, Émilie Ferland était allergique aux animaux. Devant son grand désarroi, comme elle adorait les animaux, ses parents ont pensé à l’acupuncture, qui a donné des résultats fantastiques, comme on peut le constater.

 

Dans la même catégorie