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Aide à mourir à 35 ans: «Elle est partie sereinement», dit son père

TVA Nouvelles

Une femme de 35 ans de Québec a reçu l’aide médicale à mourir vendredi après-midi, entourée de ses proches.

Marie-Ève Couture était atteinte du syndrome de Turner, une forme très sévère et incurable de la maladie de Crohn. «J’ai assez souffert», clamait-elle une semaine avant l’intervention qui allait abréger ses jours.

La jeune femme avait vécu des années d’intenses souffrances. On lui avait refusé une première fois, l’an dernier, le recours à l’aide médicale à mourir, car elle ne répondait pas au critère de décès prévisible dans une période de «six mois à un an». Sa seconde demande lui a été accordée.

«Ça s’est bien passé dans les circonstances parce qu’on était bien préparés, a confié Richard Couture à l’émission de Denis Lévesque. Marie-Ève était sereine là-dedans. C’est ce qu’elle voulait, partir en paix, et c’est ce qui s’est produit, relate son père en reconnaissant qu’il s’agit d’une expérience de vie difficile.

 

Il estime toutefois que le deuil pourra se faire plus facilement du fait que les proches de Marie-Ève ont eu le temps de lui parler et de se préparer.

«On a eu le temps d’avoir des échanges avec Marie-Ève. Elle a eu des amis qui sont venus la voir, de la parenté qui est venue lui dire comment on l’aimait. Il y a eu une interaction pendant que la personne est pleinement lucide. Ça, c’est important, car il n’y avait plus rien à faire, elle savait qu’elle était au bout du rouleau.»

Marie-Ève a été une battante qui a mené un combat de «zéro à 35 ans», insiste M. Couture. Combat qu’elle a commencé dès sa naissance. «Ce qui était vicieux dans le visuel (son apparence), c’est que ça ne paraissait pas à l’extérieur, elle paraissait d’une petite fille, mais à l’intérieur, elle vieillissait deux fois plus vite. À 20 ans, elle était rendue à 40 ans...»

«Elle a mangé des Doritos»

«Plus la date approchait, plus on était fébriles». Puis, est arrivée la journée du 8 février, encerclée sur le calendrier. Son médecin l’avait autorisée à boire ou manger ce qu’elle voulait pour sa dernière journée.

«C’est ce qu’elle a fait. Elle a bu un Bloody Ceasar, elle a mangé des Doritos, du fromage salé en crotte, et elle les a gardés. C’est sûr que si ç’avait pris plus de temps, elle ne les aurait probablement pas gardés toute la journée. Entre le moment où elle a consommé et le moment où il y a eu l’acte à mourir, elle n’a pas eu le temps d’être malade», explique-t-il.

Marie-Ève a vécu ses dernières heures sereinement. «À 1h50, après avoir regardé un album photo en compagnie d’une amie, elle a dit: "OK, à deux heures moins dix, c’est fini, on ferme ça". Elle a dit au médecin: "on procède". De même. Elle avait ça dans la tête. C’est à 2h qu’on fait ça, et c’est à 2h que ça s’est fait. À 2 heures moins 2, 2 heures moins 3, [le médecin] a commencé à lui donner les injections et à 2h02, tout était fait, elle était partie.»

Des moments déchirants pour la famille. «J’étais assis à côté, à sa gauche, à côté de mon fils. On était tous près d’elle. Ça nous fait de la peine, mais d’un autre côté, elle est soulagée, elle ne souffre plus. Et c’était ça, le but de l’acte à mourir, qu’elle ne souffre plus. Puis, elle est partie en paix. Elle avait un petit sourire. J’ai dit à ma blonde: regarde sa petite face, elle a un petit sourire en coin, elle est heureuse, elle est soulagée», dit-il en laissant échapper ses larmes.

Le père de Marie-Ève n’avait pas prévu de livrer son témoignage publiquement. «Je ne veux pas faire un cirque médiatique avec ça, mais c’est ma façon à moi d’être capable de passer au travers. Je dois ça à ma fille, même si elle ne souffre plus. Mais pour les autres, pour faire réfléchir les gouvernements, ceux qui prennent des décisions...»

***Voyez l'entrevue intégrale dans la vidéo ci-dessus***

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