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Le Concorde et l'A380, deux destins brisés

Agence France-Presse

L'aventure commerciale décevante de l'Airbus A380 présente des similitudes, malgré des différences de silhouette et de clientèle manifestes, avec celle du Concorde, qui était aussi, il y a 50 ans, un chef-d'oeuvre de prouesses technologiques.

Le 21 janvier 1976, le transport aérien connaît une révolution avec les vols inauguraux du premier avion de ligne supersonique au monde, le Concorde.

L'appareil sera opéré par deux compagnies, Air France et British Airways.

Trois heures trente suffisent au Concorde pour relier Paris à New York, à une vitesse de croisière maximale de 2200 km/h. Soit loin devant les vols actuels qui affichent près de huit heures de trajet.

Avec son fuselage en aluminium, son aile delta, et ses commandes de vol électriques, le Concorde était un concentré d'innovations technologiques qui aura profité à toute l'industrie aéronautique.

Mais le Concorde connaissait également des défauts majeurs dont l'accumulation aura précipité la mise au hangar prématurée en 2003.

Jugé trop bruyant à près de 120 décibels au décollage, et trop gourmand en kérosène avec 20 tonnes consommées par heure, le Concorde était également et surtout jugé trop peu rentable.

Le coût global du programme s'est chiffré en milliards d'euros alors que seulement 14 appareils ont été exploités entre 1976 et 2003, et que seule une clientèle fortunée pouvait débourser les sommes prohibitives affichées par les deux compagnies.

Le 25 juillet 2000, l’écrasement d'un Concorde sur Gonesse, en banlieue parisienne, fait 113 morts.

L'accident et la crise du transport aérien consécutive aux attentats du 11 septembre 2001 marqueront le début de la fin de l'exploitation du supersonique qui volera commercialement pour la dernière fois en octobre 2003.

Avec une capacité de deux avions traditionnels, l'Airbus A380 a également été révolutionnaire à son entrée en service le 25 octobre 2007.

Loin des 144 passagers maximum du Concorde, l'Airbus A380 peut transporter jusqu'à 850 personnes avec ses 550 m2 de cabine.

À la fin décembre 2018, 234 exemplaires de ce quadri-réacteurs à deux ponts étaient opérés commercialement par 14 compagnies, selon les chiffres de l'avionneur européen.

Imbattable en matière de coût par siège, l'A380 a en revanche besoin d'opérer quasiment à pleine capacité pour être rentable. Ce qui est loin d'être évident sur plusieurs liaisons malgré la congestion d'aéroports comme Londres ou Los Angeles.

La taille de l'avion est donc devenue son talon d'Achille alors qu'il affiche un prix de vente de plus de 445 millions de dollars.

Airbus, qui évaluait le marché des très gros porteurs à 1200 unités sur 20 ans au moment du lancement, a été contraint de ralentir la cadence de production de l'appareil afin de prolonger son cycle de production.

Il est ainsi passé en 2018 à une production d'un exemplaire par mois contre 27 produits sur l'année 2015.