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Le tueur s’était autoproclamé le justicier des plus faibles

Claudia Berthiaume | Le Journal de Montréal

Un tueur à gages qui a abattu un père de famille, croyant faussement qu’il s’agissait d’un pédophile, s’était autoproclamé le justicier des plus faibles après avoir lui-même été agressé sexuellement à l’adolescence. 

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« À l’école, j’étais petit, roux, baveux et peureux. J’ai appris à courir et à sauter les clôtures vite. Après, les injustices venaient me chercher, parce que j’ai été un faible longtemps », a témoigné Denis Caron, d’une voix douce, au palais de justice de Laval. 

 Le meurtrier de 57 ans a entamé cette semaine un processus de révision judiciaire en vue d’obtenir la permission de quitter le pénitencier plus tôt que prévu.

À l’heure actuelle, celui qui a été arrêté en 2002 ne peut demander une libération conditionnelle avant 2027. Il espère faire devancer cette date. 

 Depuis deux jours, le tueur raconte les moindres détails de sa vie à un jury de six hommes et six femmes dans le but de les convaincre qu’il a cheminé en détention et qu’il mérite de bénéficier de la clause de la dernière chance. 

 Denis Caron purge une peine de prison à vie pour le meurtre prémédité de Marek Mandziuch, commis en décembre 1997, à Laval. 

 Contrat à 10 000 $

 La victime de 34 ans a été abattue de quatre projectiles d’arme à feu dans l’embrasure de sa porte de garage. 

 L’assassin a touché 10 000 $ pour tuer le livreur de boulangerie. Le contrat provenait d’une femme non identifiée qui affirmait que M. Mandziuch avait agressé sexuellement sa fille mineure. 

 Caron a décidé de commettre le crime sans faire de plus amples vérifications. 

 « Deux jours après, j’ai vu dans le journal qu’il n’avait pas d’antécédents judiciaires. Je ne voulais pas penser que j’avais été manipulé, mais là je savais que j’avais tué une bonne personne. Je n’aurais jamais dû faire ça », a-t-il relaté mercredi en retenant un sanglot. 

 Denis Caron a par la suite expliqué que ce geste de violence avait probablement un lien avec tout le ressentiment qu’il entretenait depuis son adolescence. 

 « J’ai toujours voulu rétablir les injustices, mais j’ai commis l’une des pires », a résumé le meurtrier en répondant aux questions de Me Sandra Brouillette, qui le défend avec Me Cynthia Chénier. 

 À l’âge de 14 ans, il aurait été agressé sexuellement à deux reprises par des hommes, selon ce qu’il a mentionné au jury et au juge Marc-André Blanchard. 

 Ligoté pour un whisky

 Par la suite, il s’en est pris physiquement à plusieurs homosexuels dans le but de se venger, allant même jusqu’à ligoter un homme qui lui avait offert un whisky dans un bar. Cela lui a d’ailleurs valu quelques passages en prison. 

 « À l’époque, je confondais homosexuels et pédophiles », a-t-il précisé lors du contre-interrogatoire mené par Me Brenda Toucado, de la Couronne. 

 Les audiences se poursuivent pendant deux semaines. 

 Des proches de la victime pourraient venir témoigner ultérieurement.