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Les écoles du Québec vidées de leurs directeurs

Patrick Bellerose | Journal de Québec

Une ruée vers la retraite des directeurs d’école causera des maux de tête aux commissions scolaires, alors que jusqu’à 15 % d’entre eux pourraient partir en juin prochain, en raison des nouvelles dispositions au régime de retraite.

À la Commission scolaire de Mont­réal (CSDM), 45 directeurs d’écoles ou directeurs adjoints ont déjà signalé leur départ à la retraite cet été, sur quelque 300 personnes.

«Et il y a des gens qui ne l’ont pas encore annoncé. Juste à la CSDM, ça va frapper fort», confie la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Hélène Bourdages.

«Au mois d’août, au moment de faire l’organisation scolaire, pas de patron dans les écoles, ça va être le capharnaüm, renchérit-elle. Ça prend un chef pour mener un groupe d’hommes et de femmes et organiser une école.»

Ce sprint vers la sortie est le résultat de modifications imposées par Québec au Régime de retraite du personnel d’encadrement, dont certaines mesures prendront effet le 1er juillet prochain.

À la CSDM, la présidente confirme les chiffres, mais se fait rassurante.

«C’est sûr que c’est un record pour la CSDM, mais on a mis en place des outils pour pouvoir gérer la situation», assure Catherine Harel-Bourdon. Quarante-huit enseignants sont présentement inscrits au DESS pour prendre la relève.

Pas partout pareil

La situation varie d’une commission scolaire à l’autre, mais elle affecte toutes les régions. Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles, estime que la Rive-Sud de Montréal sera particulièrement affectée.

«Ça nous inquiète fortement, affirme-t-il. Déjà qu’on a de la difficulté à recruter des directions d’école.»

Carl Ouellet précise toutefois qu’il s’agit de données « vraiment préliminaires ».

La Fédération des commissions scolaires du Québec confirme que « la question des départs à la retraite des directions d’école est un haut sujet de préoccupation ».

La directrice des communications, Caroline Lemieux, souligne toutefois que la fédération ne détient pas de données pour le moment, puisque les directions d’école ont jusqu’en avril pour annoncer leur départ.

Pas bon pour la pénurie

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, on affirme que cette possibilité est présentement évaluée.

«C’est triste parce que, alors qu’on est en pénurie, on pousse des gens vers la retraite, ajoute-t-elle. [...] On est en pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs : directions, professionnels, enseignants, dans les services de garde.» Parmi les intervenants contactés, une même proposition revient sans cesse pour aider les écoles à faire face à la pénurie appréhendée.

Employeurs et associations demandent à Québec de permettre aux directeurs de travailler dans les écoles à temps partiel, sans pénalité sur leur rente de retraite.

Ceux-ci pourraient ainsi former les nouveaux directeurs ou remplacer à temps partiel.

Modifications au régime de retraite

Minimum fixé à 56 ans pour la retraite après 35 années de services. Il n’y a pas de minimum pour le moment.

Le régime fera passer de 55 à 58 ans l’âge requis pour être admissible en vertu du « facteur d’admissibilité 90 », qui additionne l’âge et les années de services.

La pénalité du montant de retraite passe de 4 à 6 % pour les retraites anticipées.

Source : Association québécoise du personnel de direction des écoles