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Marie-Thérèse Fortin: sagesse et passion

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Marie-Thérèse Fortin cumule les rôles de femmes fortes à la télévision
et au cinéma comme au théâtre. De «Mémoires vives» à «Belles-Sœurs», en passant par «Boomerang», l’actrice met sa passion des mots, du jeu et de la mise en scène à profit. Et elle est bien occupée par ses nombreux projets.

Marie-Thérèse, quand tu penses à ton parcours, quel est ton rôle le plus marquant?

C’est «La détresse et l’enchantement», tirée de l’œuvre de Gabrielle Roy, et qu’on a présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), dont je suis le plus fière. Cette auteure a eu tellement d’impact sur moi et sur la littérature québécoise. Et ce qu’on a réussi à faire sur scène est merveilleux. La monter et la jouer m’a demandé beaucoup de courage et d’humilité.

Tu mènes depuis longtemps deux carrières de
front: l’une très publique à la télévision, l’autre au théâtre. Pourquoi est-ce important pour toi?

Je ne pourrais pas choisir entre les deux, j’en
serais incapable. L’un nourrit l’autre. J’ai
commencé tard à la télévision, à 40 ans. J’avais fait beaucoup de théâtre à Québec, mais la télévision est un autre média, avec une autre
technique. La durée et la lenteur de la création au théâtre, c’est très important pour moi. Comme on travaille plus vite à la télévision et que
tout est plus technique, ce que j’ai fait sur
scène m’a grandement servi pour les tournages. On pense à tort qu’à la télévision, la psychologie des personnages est plus simple, mais c’est faux. C’est à l’acteur de nourrir son personnage.

Tu auras bientôt 60 ans. Dirais-tu qu’il y a encore un double standard pour les femmes plus âgées, à l’écran?

Oui, et c’est culturel. C’est au-delà de l’industrie. Il y a beaucoup de femmes de mon âge qui ont eu des rôles principaux, mais c’est parce que les auteures de ces séries sont des femmes, qui veulent à la base mettre des actrices plus matures à l’écran. Je ne peux pas dire que mon âge n’est pas un problème; c’est pris en considération, maintenant. À un moment donné, j’ai réalisé que les hommes qui m’entouraient sur le plateau avaient tous 15 ans de plus que moi et que personne n’en faisait de plat. Si c’était le contraire, cela deviendrait un sujet en soi et on en ferait un film! «Les grandes chaleurs» est un bon exemple!

Qu’apprécies-tu le plus chez toi à l’approche de la soixantaine?

Dure question... Je dirais mon ouverture d’esprit, envers les autres et les autres générations. Je veux vieillir comme ça. L’amertume est quelque chose qui nous guette, dans ce métier, car il y a beaucoup de raisons de devenir amer, mais je me tiens loin de cela.

Tu travailles constamment avec de jeunes acteurs et créateurs qui ont l’âge de tes enfants (Emma a 21 ans et Samuel, 25 ans). Comment la jeunesse t’inspire-t-elle?


J’adore cela! On fait un métier intergénérationnel, et c’est très bien. L’âge, ce n’est rien. Tant qu’on est dans la curiosité, on n’a pas d’âge. Les jeunes voient le monde d’une autre façon que moi, et ça me bouscule positivement. Je les trouve mieux armés que quand j’avais leur âge. Ils m’intéressent grandement.


Ta mère a eu 100 ans l’an dernier. Comment va-t-elle?

Elle est devenue aveugle, mais elle est «toute là!» C’est une force de la nature: elle a élevé 10 enfants sur une ferme.

Tu dis avoir grandi sur une ferme. Comment en es-tu venue à être comédienne?

Ce qui est fascinant, c’est qu’il n’y avait rien qui permettait de penser que j’allais être intéressée par le jeu. J’ai fait mes auditions en cachette et, quand j’ai été acceptée, je l’ai annoncé à ma famille. Ils étaient stupéfaits!

Tu joues dans l’émission «Boomerang», qui reviendra à l’automne. Pourquoi avais-tu envie de faire de l’humour?

Quand j’ai entendu parler du projet, j’ai écrit à l’auteure pour lui faire part de mon envie de jouer dans l’émission. Je lui ai dit: «Si jamais tu as besoin d’une vieille pour jouer là-dedans, tu penseras à moi!» Et on m’a appelée. J’ai passé une audition et j’étais morte de peur, car c’était de l’humour! C’est un univers que je connais moins, mais j’ai foncé. J’aime beaucoup le ressort et la vérité du comique. On n’est pas drôle quand on n’est pas vrai.

Ce printemps, tu signes la mise en scène de «L’éducation de Rita», au Théâtre du Rideau Vert. Que t’apporte la mise en scène?

C’est un tout autre métier. C’est comme être chef d’orchestre, en fait. Ce qui m’intéresse, c’est le jeu de l’acteur. J’aime travailler avec les comédiens, les guider, les amener à se dépasser et créer quelque chose d’unique avec le public. Cela nourrit aussi beaucoup mon jeu.

Le chant est aussi très présent dans ta carrière. Si on te proposait de faire un album, que répondrais-tu?

J’embarque! J’ai trouvé ma place dans cet univers! Jouer dans le théâtre musical «Belles-Sœurs», c’était merveilleux. Je participerai à un spectacle hommage à Édith Piaf avec l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) en avril. Collaborer avec des Ingrid St­Pierre ou des Patrice Michaud, c’est le genre de choses que j’aimerais faire un jour.

Marie-Thérèse joue dans la pièce «La Queens’», présentée au Théâtre La Licorne, jusqu’au 23 février. Elle signe la mise en scène de «L’éducation de Rita», qui tiendra l’affiche du Théâtre du Rideau Vert dès le 19 mars. Elle fera partie du spectacle «Piaf a 100 ans, vive la Môme!», à la Maison symphonique de Montréal, du 24 au 26 avril. On la retrouvera aussi à l’automne dans «Boomerang», à TVA.

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