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Elle sourit à ses victimes avant d’aller en prison

Jonathan Trenblay | Journal de Montréal

Martin Alarie

Une prédatrice sexuelle condamnée hier à 21 mois de prison pour avoir agressé plus d’une quinzaine d’adolescentes a pris soin de sourire à ses victimes présentes à la cour avant de prendre le chemin des cellules.

«On dirait qu’elle voulait nous baver, nous faire sentir mal», a réagi une des victimes, qui avait 13 ans lorsqu’elle a été ciblée par Roxanne Auger-Lapointe.

Cette dernière, aujourd’hui âgée de 24 ans, a plaidé coupable à une kyrielle d’accusations, notamment d’agressions et d’attouchements sexuels sur 16 victimes, hier, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Les gestes reprochés se sont produits entre novembre 2012 et mai 2016.

Pour cerner ses proies, Auger-Lapointe rôdait autour de l’école secondaire que fréquentaient certaines de ses victimes.

Elle les textait régulièrement, traînait avec des amis communs et finissait par cumuler les conquêtes de mineures sans que celles-ci soient au courant.

En tentant de les influencer sur leur orientation sexuelle, la jeune femme dans le début de la vingtaine obtenait des faveurs sexuelles des jeunes filles qu’il nous est interdit d’identifier.

«On ne s’attend pas à ça d’une femme. On élève nos enfants en leur disant de faire attention aux inconnus, mais on oublie de leur dire que des femmes peuvent aussi être dangereuses», a déclaré la mère de l’adolescente.

Difficile de s’en remettre

Pour certaines victimes, ces amitiés malsaines ont duré quelques semaines, mais plus d’une année pour d’autres.

«J’ai peur qu’elle revienne, quand elle va sortir. Je réalise aujourd’hui ce qu’elle faisait, et je me demande pourquoi j’étais là», s’est questionnée encore hier une victime, à sa sortie du tribunal.

«Ça scrappe une adolescence, honnêtement», a ajouté une autre des jeunes victimes.

L’adolescente, aujourd’hui âgée de 16 ans, estime que la découverte de sa vie sexuelle a été ruinée.

«J’ai du mal à faire confiance. Il n’y avait pas plus manipulatrice qu’elle», s’est-elle indignée.

Les proches des victimes ont déploré que l’accusée n’ait affiché aucun signe de remords.

Sourire en coin

D’ailleurs, lorsque le juge Michel Bellehumeur a entériné la suggestion commune, Auger-Lapointe a salué sa famille d’un simple «bye», avant de suivre les agents correctionnels.

Puis elle s’est retournée, l’espace d’une seconde, sourire aux lèvres, le regard rivé sur ses victimes dans la salle.

Pour celles-ci, leur agresseuse a reconnu sa culpabilité uniquement pour réduire sa sentence, ne semblant «pas repentante du tout». Mais elles se sont dites satisfaites de la peine et sont soulagées d’éviter un procès.

Auger-Lapointe figurera sur le registre des délinquants sexuels à perpétuité. Elle aura une probation de deux ans et un suivi d’un an.

Ce qu’elles ont dit

«On avait 13 ans, dans ce temps-là. On se cherchait. Elle a pris ses victimes dans l’âge vulnérable. Elle me disait : “Dire que tu te laisses faire !” Elle était consciente de ce qu’elle faisait.»

– Une victime âgée de 13 ans lors des agressions

«Moi, je savais que j’étais aux garçons. Quand elle m’a touchée, je l’ai frappée au visage.»

– Une deuxième victime âgée de 13 ans lors des attouchements

«Elle était trop organisée dans ses démarches auprès des filles pour qu’on croie qu’elle ne recommencera pas.»

– Mère d’une des victimes

«Ce n’était pas normal qu’une fille de 21 ans s’intéresse à des filles de 13 ans. C’est là que j’ai allumé. Aujourd’hui, notre job est faite ! Après trois ans, c’est long. Elle est sur la liste des délinquants à vie, et ça fait bien mon affaire.»

– Mère d’une autre victime

«Il s’agit d’une sentence globale qui reflète la gravité des faits. C’est la quantité de victimes qui était problématique dans ce cas-ci.»

– Caroline Lafleur, procureure de la Couronne

PRÉCISION

À la suite de la publication du texte ci-dessus, le 21 février 2019, sur le plaidoyer de culpabilité de Roxanne Auger-Lapointe, les précisions suivantes s’imposent. Mme Auger-Lapointe a reconnu sa culpabilité à sept accusations d’attouchement sexuel sur un enfant âgé de moins de 16 ans ; deux accusations d’avoir incité un enfant âgé de moins de 16 ans à des contacts sexuels ; ainsi qu’à un chef de leurre concernant huit victimes mineures. Une sentence de 21 mois lui a été imposée.

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