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Park City, Utah: le labyrinthe du skieur

Alexis de Gheldere

 - Agence QMI

VOY-SKI-UTAH

Alexis de Gheldere / Agence QMI

Skis sur l’épaule, bottes aux pieds, on sort d’abord de notre logement. Sur le trottoir de la rue principale, certains prendront un bus gratuit, d’autres marcheront jusqu’au «Town Lift». Assis sur ce télésiège, on passe au-dessus de quelques rues avant de débarquer au cœur du domaine skiable de la station Park City, qui porte le même nom que la ville de l’Utah où elle se trouve.

Avidement, on enfile les virages sur de larges pistes damées, passant de l’une à l’autre au gré des nombreux canyons sur lesquels serpentent plus de 300 pistes (341 pour être plus précis!). Dur de se retrouver dans un tel labyrinthe. Heureusement, des employés sont là pour épauler le néophyte devant la carte des pistes géante placée au sortir des plus grands télésièges. Ces mêmes cartes sont intégrées sur la barre de quelques télésièges. On a le loisir de se repérer pendant la remontée.

Sortir de la mine

«Payday», «Silverlode», «Bonanza», on n’arrête de compter ces remontées mécaniques à six places tant il y en a. Leurs noms offrent une résonance au passé minier de Park City. «Tu vois, ici, c’est un ancien puits, m’explique Philippe Astié, guide et instructeur de ski à Park City. Les mineurs passaient par un tunnel de cinq kilomètres de long pour venir de la ville jusqu’ici dans un petit train, avant de remonter à la surface par ce puits. D’ailleurs, ce petit train a été utilisé pour amener les premiers skieurs dans les années 1960. Mais comme c’était trop humide, on a abandonné l’idée l’année suivante.»

À côté de la remontée «Bonanza» se dressent des bâtiments fantomatiques abandonnés, six fois plus gros que la station de départ du télésiège à six places. Ici, on triait le minerai brut, avant son raffinement en argent. On estime que le labyrinthe de galeries souterraines, beaucoup plus étendu que celui des pistes de ski en surface, pourtant gigantesque, a permis de sortir une valeur de 500 millions en lingots d’argent en un peu plus de cent ans.

Cette histoire de Far West avec ses «saloons», son «red light district» et maisons de jeux clandestines est fascinante. Lorsque les mines ont commencé à fermer dans les années 1950, Park City est presque devenue une ville fantôme, avant de renaître de ses cendres grâce à l’industrie touristique du ski. Le dynamitage de galeries a fait place au dynamitage préventif de la neige sur les crêtes, qu’on entend chaque soir, pour minimiser les risques d’avalanches.

Le petit musée d’histoire de la ville (parkcityhistory.org) vaut le détour pour mieux mesurer ce que pouvait être la vie des mineurs ici et la transition du dernier demi-siècle jusqu’à l’apothéose des Jeux olympiques de 2002.

Au-dessus de la mêlée

Après une journée passée à explorer la station et à se faire croire qu’on pourra un jour comprendre son envergure gigantesque, on passe aux choses sérieuses. Différents sommets sont accessibles et permettent de s’élever tout juste au-dessus de la limite des arbres, à 3000 mètres d’altitude.

Jupiter Peak et Ninety-Nine 90 (pour 9990 pieds d’altitude) sont les deux sommets les plus élevés, donnant accès à du terrain skiable fait d’amphithéâtres naturels et de sous-bois aérés exclusivement réservés aux skieurs experts. Ceux qui en ont l’expérience voudront ici remettre les skis sur l’épaule pour monter, ne serait-ce qu’un quart d’heure, le long d’une des crêtes. S’y déploie un panorama infini sur la chaîne de montagnes Wasatch. La grande masse d’eau du Grand Lac Salé est aussi visible vers le nord-ouest.

Ce régal visuel n’est qu’un prélude au festin sportif dans ce réservoir à poudreuse quasi permanent (10 mètres de neige tombent ici annuellement en moyenne). Le Upper East Face de Ninety-Nine 90 est à ce titre très jouissif, tout comme le Main Bowl, le Scott’s Bowl et toutes les pistes expertes de Jupiter Peak. Du bonbon.

Les jours de poudreuses, tous les «locals» se précipitent dès l’ouverture au pied du vieux télésiège double «Jupiter». L’attente peut être plus longue, mais les descentes sont si délicieuses que chaque seconde vaut son pesant... d’argent.

Gigantisme assumé

En 2015, Vail Resorts a fait l’acquisition du centre de ski de Park City et de son voisin The Canyons. Les deux stations ont été regroupées pour n’en former qu’une seule. Avec désormais un total de 7300 acres (seul Whistler-Blackcomb en possède davantage en Amérique du Nord) et une toute nouvelle gondole pour passer d’un secteur à l’autre, on comprend mieux pourquoi plusieurs jours sont nécessaires pour se repérer ici.

La montagne a aussi investi dans ses restaurants en montagne. Le Mid-Mountain Lodge est sans doute celui qui se démarque le plus. Ancien grand camp où les mineurs mangeaient et dormaient au 19e siècle, il a d’abord été précautionneusement déplacé puis rénové juste à temps pour le début de la saison. On y déguste des viandes rôties et d’excellentes salades, en plus de sandwichs nourrissants. Un petit bar et une grande terrasse extérieure avec vue le massif des Uintas complètent le portrait.

INFOS PRATIQUES

Quand y aller

La saison de ski démarre à la mi-novembre pour se terminer à la mi-avril.

S’y rendre

L’aéroport le plus proche est Salt Lake City. Il n’y a aucun vol direct de Montréal, il faut passer par Toronto ou par une ville américaine. Comptez environ 700 $ par personne.

Après-ski incontournables

Dévalez votre dernière descente de la journée et enlevez vos skis à quelques mètres de la High West Distillery. Autour d’un feu extérieur où à l’intérieur de ce vieux bâtiment historique, dégustez d’excellents cocktails à base du whisky produit à quelques kilomètres de là. Des tours guidés sont au programme plusieurs fois par jour.

Yoga

Yoga en nature dans une yourte posée sur la montagne après une randonnée en raquettes? Possible grâce à l’entreprise Park City Yoga Adventures, qui propose aussi du yoga sur planche à pagaie («SUP») dans une caverne baignée d’une source thermale naturelle («hot springs»).

Logements

Toutes sortes de logements en fonction de vos besoins et de votre budget. L’appartement 820 Park Avenue, à côté du «Town Lift» est un bon choix même si dispendieux, ne serait-ce que pour le bain à remous sur le toit!

Déjeuners

Deux bonnes adresses pour déjeuner. La première: Harvest (820 Park Avenue), au cœur de la ville, à quelques pas de la Town Chair. La seconde: Five5eeds, plus excentrée, mais dont les brunchs sont réellement uniques.

Soupers

On vous suggère le très réputé Riverhorse on Main, destination culinaire parmi les meilleures des États-Unis, rien de moins. Poisson du jour et flétan («halibut») d’Alaska sont de vrais régals.

Handle, de son côté, propose un menu simple et équilibré, dans une formule sans prétention où on invite les convives à partager les plats.

Souper de nuit sur la montagne

Faites-vous tirer dans un traîneau par une dameuse de Park City durant une vingtaine de minutes pour arriver, 500 mètres plus haut, à la Viking Yurt. Ici débute votre expérience culinaire à la norvégienne, avec une succession de plats goûteux, d’alcool spécial scandinave, de vin chaud sorti directement du poêle à bois et de fous rires garantis, avant le retour en traîneau jusqu’au bas des pistes.

Extra

Dos raqué après quelques jours de ski? Pas de problème, le Waldorf Astoria Spa propose une expérience spa mêlant saunas, «bains-tourbillon» et surtout, une équipe de massothérapeutes très compétente.