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Varennes, la reine du bonheur

Dominique Scali - Le Journal de Montréal

Séduire les familles avec ses parcs et son bord de l’eau bucolique. Attirer les entreprises grâce à son parc industriel. Tout cela en gardant un « esprit de village ». Voilà comment Varennes s’est hissée au sommet des villes où les gens se disent les plus heureux au Québec.

« Quand mon conjoint a vu comment c’était plaisant, ici, il a été convaincu », raconte Geneviève Labrecque, 39 ans et mère d’un garçon de 4 ans.

Un sondage de la firme Léger réalisé de novembre à janvier a permis d’évaluer à quel point les gens sont joyeux dans une cinquantaine de grandes villes de la province.

Quelle est la recette de Varennes, petite banlieue de la Rive-Sud de Montréal ?

« On est sur un site de rêve, résume le maire Martin Damphousse. Les parcs sont bien entretenus, le bord du fleuve [Saint-Laurent] est accessible et longé par une piste cyclable, les activités familiales foisonnent », énumèrent plusieurs citoyens rencontrés.

« On ne peut pas demander plus », abonde Mme Labrecque.

En tant que présidente de l’Association des familles, elle est fière et pas du tout surprise d’apprendre le couronnement de sa ville natale.

Cartes des villes les plus et moins heureuses

 

Petites villes

Les villes du bonheur ont généralement une population de moins de 50 000 habitants, comme c’est le cas des huit premières positions du palmarès.

« Elles sont assez grosses pour offrir [une panoplie de] services, donc ce ne sont pas des villages. Mais assez petites pour ne pas avoir les mêmes problèmes que les grandes villes », explique Pierre Côté, directeur de recherche chez Léger.

La richesse est aussi un « facilitateur » de bien-être, ajoute M. Côté. Ce n’est donc pas un hasard si des villes aisées comme Saint-Augustin-de-Desmaures et Lévis ont un indice de bonheur supérieur à la moyenne.

À Varennes, une centaine d’entreprises comme Jean Coutu et Amazon ont choisi au cours des 10 dernières années d’installer leur siège social ou entrepôt, assurant une prospérité qui permet aux citoyens d’être peu taxés.

« Avec une taxe foncière de 0,58 $ par 100 $, je défie quiconque de trouver un taux plus bas », lance le maire Damphousse.

Mais l’argent n’explique pas tout. D’autres palmarès réalisés dans le passé au Canada ont montré que des villes avec une forte solidarité pouvaient en surpasser d’autres, plus riches, précise M. Côté. « Les gens sont parfois riches d’autres choses. »

Cet esprit de communauté a été mentionné par plusieurs Varennois rencontrés, même si la ville compte maintenant plus de 20 000 résidents.

Îles-de-la-Madeleine

« Tout le monde se connaît. Je le vois aux caisses : les gens se parlent », remarque Stéphane Brière, gérant de service au IGA.

Pendant ce temps, aux Îles-de-la-Madeleine, les habitants continuent de se « voisiner », une tendance qui disparaît ailleurs au Québec, observe le maire Jonathan Lapierre. C’est d’ailleurs la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine qui remporte la palme du bonheur (voir ci-dessus).

Il n’est pas étonnant que les municipalités au branding familial riment souvent avec bonheur, puisque des études montrent que le statut matrimonial est relié à la santé, surtout chez les hommes, note Danielle Pilette, professeure en sciences de la gestion à l’UQAM.

Elle remarque aussi que le développement résidentiel s’est fait de façon progressive à Varennes, ce qui a permis aux banlieusards de bien s’intégrer aux vieilles familles de l’agriculture.

À l’inverse, ce développement s’est fait de façon « fulgurante » à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides. Dernière au classement, plusieurs citoyens ont l’impression que leur patelin a été dénaturé.

Reste qu’on ne peut pas dire que le niveau de bonheur est drastiquement différent entre Varennes et Sainte-Marthe-sur-le-Lac puisqu’il n’y a que sept points qui séparent la première et la dernière position, nuance M. Côté.

L’un des plus grands sondages réalisés au Québec

Ce vaste sondage internet a été réalisé de novembre à janvier auprès de 36 231 Québécois provenant de toutes les régions de la province, qui ont répondu aux 40 questions de l’indice du bonheur Léger (IBL), un outil non scientifique.

- Un minimum de 100 répondants a été sondé parmi les résidents de 50 grandes villes du Québec.

- Les résultats ont ensuite été pondérés selon l’âge, le sexe, la langue maternelle, la région et le niveau de scolarité afin de garantir un échantillon représentatif de la population. √Un échantillon probabiliste de 36 231 répondants aurait une marge d’erreur de plus ou moins 0,52 %, et ce, 19 fois sur 20.

Sainte-Julie, de première à dernière de classe

Sainte-Julie a longtemps trôné au sommet des palmarès des villes les plus heureuses, mais elle a dégringolé au 46e rang cette année, une situation qui a causé toute une surprise à l’hôtel de ville.

« Je n’ai pas senti de morosité naître chez les gens de Sainte-Julie dans les dernières années. [...] Y’a pas eu de fermeture d’usine ou de changements majeurs », s’étonne la mairesse Suzanne Roy qui pointe du doigt le « petit échantillonnage » de 167 répondants julievillois.

Ce qui explique notamment cette chute drastique est que Sainte-Julie se retrouve sous la moyenne provinciale dans des catégories qui influencent beaucoup l’indice du bonheur Léger, comme l’accomplissement, la liberté, les relations sentimentales, la satisfaction au travail et le fait de subir une forme de harcèlement, note Pierre Côté, directeur de recherche chez Léger.

Il souligne qu’il faut « faire attention » puisque depuis le dernier palmarès, en 2014, les facteurs du bonheur ont été modifiés et l’algorithme a été changé.

« Il y a des écarts entre 2014 et 2019 qui envoient tout de même des signaux, admet M. Côté. Oui, c’est surprenant comme baisse [pour Sainte-Julie], mais ce sont les chiffres. Il s’agit d’un échantillonnage représentatif de la population. »

Joyeuse Gaspésie

Voici le palmarès des régions, classées de la plus heureuse à la moins heureuse, selon les habitants.

1. Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

2. Chaudière-Appalaches

3. Bas-Saint-Laurent

4. Estrie

5. Capitale Nationale

6. Saguenay–Lac-Saint-Jean

7. Outaouais

8. Montérégie

9. Laval

10. Lanaudière

11. Laurentides

12. Mauricie

13. Abitibi-Témiscamingue

14. Centre-du-Québec

15. Montréal

– Avec Antoine Lacroix et Valérie Bidégaré, Le Journal de Québec