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Victime de violence, une infirmière auxiliaire en perd son bébé

Élisa Cloutier | Le Journal de Montréal

Les travailleurs du domaine de la santé sont plus que jamais victimes de violences de la part de patients, selon ce que révèlent les plus récentes données de la CNESST.

Depuis 2015, le nombre de réclamations à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour des cas de violence dans le milieu de la santé a bondi de 33 %, indiquent les données obtenues par Le Journal. 

Une augmentation qui est loin de surprendre les syndicats représentant les professionnels en soins de la province.

« Les employés se font frapper, cracher dessus, se font donner des coups de pieds et des coups de genoux. La sécurité n’est pas là, et le manque de personnel fait que l’employé se retrouve souvent seul avec le patient. C’est ce que ça donne », déplore Laurier Ouellet, président du syndicat des professionnels en soins de Chaudière-Appalaches.

Le coup fatal

Une infirmière auxiliaire de la Beauce a d’ailleurs encore de la peine en se remémorant le violent coup qu’elle a reçu au ventre de la part d’un résident « complètement désorganisé », qui lui a malheureusement fait perdre son bébé.

Le coup de poing fatal, qui lui a « coupé le souffle », a provoqué une fausse couche dans les heures qui ont suivi.

Le matin du 10 août 2018, Ariel Garneau, enceinte de quelques semaines, entre au travail.

Elle informe immédiatement sa supérieure qu’elle attend son premier enfant, afin d’éviter d’être placée en situation à risques de violences dans le cadre de son travail.

« Il m’avait déjà accotée à la gorge »

« Nous avions un patient plus désorganisé sur l’étage, qui a des troubles graves de comportements. Il m’avait d’ailleurs donné déjà un coup de poing au visage la semaine d’avant et il m’a déjà accotée à la gorge à plusieurs reprises. J’ai donc demandé à ne pas être envoyée dans la chambre pour rien », explique la jeune femme de 27 ans.

Malheureusement, quelques heures plus tard, les choses se corsent.

« La stagiaire vient me voir en panique et me dit que l’infirmière est en train de manger une volée [dans la chambre du patient ayant des troubles de comportements]. Je ne pouvais quand même pas la laisser se faire frapper », dit-elle.

« En entrant dans la chambre, je la vois en train de manger des claques par la tête et se faire cracher au visage. Mais, en voulant l’aider, j’ai mangé un coup de poing à la tête, puis au ventre », poursuit-elle, encore ébranlée plusieurs mois après l’évènement.

Les heures qui suivirent ont été pénibles, raconte-t-elle. L’infirmière se rend à l’urgence où elle reçoit le diagnostic : avortement spontané secondaire à un traumatisme abdominal bas. « J’étais dans tous mes états. Je pensais même changer de carrière », confie-t-elle.

En janvier dernier, après avoir reçu l’aide dont elle avait besoin, elle retourne finalement au boulot... dans le même CHSLD. « J’ai demandé à être transférée ailleurs, mais on me disait que ce n’était pas possible », dit-elle.

Congés de maladie pris en 2017-2018

Montréal

Heures en congés de maladie: 2 383 494 heures

Équivalent en argent: 50 034 911 $

Source : Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Laval

Heures en congés de maladie: 31 278

Équivalent en argent: 770 000 $

Source : Syndicat des travailleurs CSN du CISSS de Laval

Chaudières-Appalaches

Heures en congés de maladie: 857 480

Équivalent en argent: Près de 40 M$

Source : Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches

Capitale-Nationale

1,6 million d’heures en assurance salaire

Équivalent en argent: 38 M$

Source : Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale


Nombre de réclamations acceptées à la CNESST pour blessures causées par la violence en milieu de travail pour le personnel de la santé

2015: 671

2016: 849

2017: 892

Source : CNESST